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LE DOMPTEUR DE CHATS 467 bruit des rires, par les applaudissements, par ces feux verts, ces braises grésillantes, ces files de chandelles qui flambaient aux lustres et sur des ifs ; les chats, affolés par la musique, mugisse- ments de grosse caisse, sifflements de liautbois, roucoulement des flûte, tonnerre grave de trombone; les chats, irrités par l'odeur de la valériane qui imprégnait les habits du dompteur; ces chats enragés par toutes ces choses anormales qui tout à coup troublaient leur quiétude charmante de chats silencieux, paresseux, volup- tueux; les chats furent tous pris d'une subite frénésie. Ils se retirè- rent d'abord tous dans un coin de la cage, et se tapirent là , dos contre dos, ronronnant, soufflant, léchant leurs babines, aiguisant leurs griffes sur le plancher de sapin. Pierrot les appela. Aucun ne remua. 11 les appela encore ; ils miaulèrent, mais sans bouger. Alors il se baissa, en prit un par la peau du cou et le cingla de sa cravache. Alors ce chat, furibond, se débattit et planta ses griffes dans la main qui l'enclavait. Le sang coula. Ce fut aussitôt, et sans transition, une scène d'une indescriptible horreur. Toute cette masse hurlante de félins se rua sur Pierrot. D'un bond, le plus gros, noir, des yeux en escarboucles, sauta à sa gorge ; deux se perchèrent sur ses épaules ; d'autres l'attaquèrent à la poitrine; d'autres par derrière; les plus lâches le mordaient aux jambes. En un clin d'œil ses habits volèrent en lambeaux ; sa peau délicate apparut, toute blanche, puis toute rouge, zébrée d'égratignures d'où le sang jaillissait. Il se défendit éperdûment avec sa cravache, lançant des coups au hasard. Il se tenait debout, vaillamment. Les spectateurs pous- saient des hurlements d'épouvante. Le singe glapissait ; les chiens, furieux, aboyaient; la danseuse maigre riait; et la douairière s'était évanouie; Langatroubéou, qui s'arrachait les cheveux, pen- sait à mettre le feu à sa baraque, à brûler tout, les spectateurs, les chats, la victime pantelante et lui-même, qui perdait effroyablement pour cent écus de chair humaine. Car Pierrot Régis était enfin tombé. Il gisait dans la cage, sous l'amas de ses bourreaux qui le dévoraient vivant. On les voyait ar- racher des morceaux de ce corps si frêle, et se les disputer avec desrauquements de tigres affamés. Lorsque Gueule-de-Fer, à demi- fou, eut enfoncé la porte, et broyé sous ses bottes quelques têtes