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                 DECOUVERTE D'UN CHRIST EN BUIS                                      299
   Ces différences, qui échappent au premier regard, ont été vou-
lues, cherchées, pour obtenir un effet esthétique plus complet et
plus achevé.
   Peut-être l'ouvrier, quand il entreprit son second travail,
avait-il perfectionné, dans son âme, cette image divine, qu'il y por-
tait toujours empreinte, depuis qu'il l'avait façonnée sur l'ivoire.
   Peut-être ce simple bois de buis, avec ses sombres veines, répon-
dait-il plus fidèlement aux intentions de l'artiste, tandis que le dur
ivoire, avec ses naturelles splendeurs, résistait davantage aux im-
pressions du ciseau
   Peut-être le grand crucifix, avec ses soixante et dix centimètres
de hauteur, commandé pour être porté en triomphe dans les solen-
nités religieuses et supporter les regards de la foule, doit-il être
vu de loin, comme les divinités qu'on adore, pendant que l'humble
christ, haut de trente centimètres à peine, fait pour le secret d'un
oratoire intime et solitaire, veut être contemplé de près, comme la
beauté qu'on aime.
   Peut-être enfin, le savant ivoirier a-t-il songé à ce mot d'ApelleS
à un jeune peintre, qui lui présentait un peu trop complaisamment
un tableau d'une Hélène somptueusement vêtue. « Oui, lui r é -
« pondit le maître, ne pouvant la faire belle, tu l'as faite riche ».
Le Phidias lyonnais en agit autrement vis-à-vis cette branche de
buis ; ne pouvant la faire aussi riche, il voulut la faire plus belle,
   Il importe de signaler encore quelques particularités qui diffé-
rencient les deux compositions. Le premier christ porte une large
couronne d'épines, que Jean Guillermin ajouta après coup sur la
demande des Pénitents noirs ; elles se compose de trois branches
entrelacées et admirablement ciselées. Cette couronne pèse sur la


Description delà cathe'dr cde de Lyon,p 53). Il regardait l'Orient, où se lève le soleil.
Il pencha la tête sur sa droite, c'est-à-dire, vers le Midi, pays de la lumière, du
bien et des bons esprits, et non sur sa gauche, vers le Nord, sinistre séjour de la
nuit et des génies du mal.
   Mais Jean Guillermain qui, dans sa création, s'inspirait d'un principe toutnouveau,
à savoir : la représentation de la double nature, humaine, et divine du crucifié, devait
opérer dans son œuvre une nécessaire modification, et placer la nature divine à
droite et la nature humaine à gauche, conformément à l'esprit des traditions antiques.
  Seulement il ne s'avisa de ce changement qu'en travaillant hk son second chef-
d'Å“uvre, le christ en buis, de Lyon.