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184 LA R E V U E LYONNAISE sieurs propriétaires dut avoir pour cause des embarras d'argent, contractés pendant cette période de guerres civiles où les Balazuc donnèrent sans compter, ni mesurer au pays et au roi, deux choses inséparables alors — leur fortune et leur sang. En 1650, la seigneurie appartenait aux Borne, aux La Fare et aux Laugières (ces trois familles semblent, du reste, se tenir par d'étroites alliances) ; mais Balazuc, le vieux, sauvage et incommode manoir, est abandonné, et c'est à la Borie, fiche et somptueuse construction moderne, bâtie au revers de la montagne, que vivent les nouveaux seigneurs. C'est le tableau fidèle de la grande vie seigneuriale en province, au dix-huitième siècle. Le temps des grands coups d'épée, des rudes chevauchées est passé, on ne cherche.plus que le plaisir, et nulle résidence mieux que la Borie, mollement bercée sur le penchant d'une douce colline, au murmure harmonieux de l'Ardèche, dans son nid de verdure, avec son ciel toujours bleu, ses lointains hori- zons, ne peut offrira de grands seigneurs, à de nobles dames, fa- tigués de la Cour, les plaisirs des champs ; plaisirs que le luxe a su, à cette époque, profondément raffiner. Là vient l'ami de Chau- lieu et de Mmc de la Sablière, le poète marquis Charles-Auguste de la Fare qui, abandonnant la sauvage châtaigneraie de Valgorge, où il estné, est allé chercher fortune à la Cour et l'y a trouvée. Là , son fils, le futur maréchal de France, vient aussi, en échappée amoureuse, cacher dans ce luxueux nid champêtre, tout capitonné d'amour, celle qu'il aime — cette jolie princesse ' de Bourbon- Conti, dont l'attachement, dit un chroniqueur du temps, était un de ces sentiments qui commandaient le respect aux disants, en exci- tant l'envie des roués de la Cour. C'était une fraîche idylle qui reposait des fastes de Versailles. Peut-être allait-on en excursion rustique, visiter Balazuc; mais c'était pour rendre hommage au vieux temps, comme on va rendre m ses devoirs à un ancêtre. ' Voici comment la duchesse d'Orléans, mère du régent, la Palatine, parle de la jeune princesse : « C'est une personne pleine d'agréments, qui joue à la beauté le tour de prouver clairement que la grâce est préférable à la beauté. Quand elle Veut se faire aimer, on ne peut y résister... Elle n'aime point son mari, et ne saurait l'aimer, il est trop répugnant, tant par son humeur contrariante que par sa ligure;