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BIBLIOGRAPHIE 113
l'en félicite vivement. Car ses rêveries apocalyptiques me semblent appelées Ã
n'obtenir auprès des pâles mortels qu'un succès assez modéré.
Ce poète s'est donné beaucoup de peine pour faire des vers bien... faibles. Leur
insuffisance s'accroît du mauvais choix des rythmes : telle de ses pièces est écrite
en vers de onze et de neuf syllabes entremêlés, ce qui est d'un effet désagréable
à l'oreille ; telle autre n'admet que des rimes masculines, une troisième des fémi-
nines. Autant valait suivre les règles ordinaires.
J'aurais fort à faire de relever les bizarreries de style et d'idées qui pullulent
dans ce volume. Qu'est-ce que c'est, par exemple, que ces énormes roses qui
meurent et rêvent dans les deux moroses où les hymnes du soir s'élèvent
comme un ange noir ? que ces parfums du mal qui languissent dans l'air
automnal ? (p. 36). Ailleurs (p. 5), Dieu agite dans les airs comme une invin-
cible oriflamme l'âme de M. Jounet, pour anéantir les pervers. Ces pervers, il
ne les ménage pas; il (l'auteur) les apostrophe tout bellement en ces termes :
Vous qui serez plus tard les hôtes de l'enfer!
Dante Alighieri n'était pas plus tendre pour ses ennemis.
Ce n'est pas à dire qu'on ne rencontre, dans certaines pièces, du souffle, de
l'allure, des pensées heureuses, des expressions bien choisies. Malheureusement
ces qualités ne sont que passagères. Le ton ne se soutient pas. La clarté fait dé-
faut à cette mysticité religieuse. Si M. Jounet veut m'en croire, il fera bien de lire
et de relire les Hymnes traduites du Bréviaire romain et les Cantiques de
Jean Racine, Il y apprendra comment la spiritualité peut s'exprimer en bon
français. CH. L A V E N I R .
INVENTAIRE DES MANUSCRITS DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE,
fonds de Gluni, par M. LEOPOLD DELISLE, membre de l'Institut, directeur de
la Bibliothèque Nationale. Paris, Champion, 1884, in-8, 413 pages.
Nos richesses bibliographiques, en manuscrits, sont encore nombreuses en
France, malgré le temps et les révolutions qui leur ont été si funestes, mais nous
ne les connaissons pas encore toutes. Un grand nombre de ces manuscrits sont
encore enfouis sous la poussière des bibliothèques particulières ou dans nos dé-
pôts publics dont les conservateurs, étrangers à la paléographie, ou de médiocre
savoir, ne peuvent nous en révéler le mérite et la valeur-. Mais heureusement
l'éminent Directeur de la Bibliothèque nationale, M. Léopold Delisle, s'est
donné la noble tâche de ne pas laisser ignorés, dédaignés même, tant de trésors
littéraires. Il n'est de moment qu'il ne paraisse quelque mémoire de cet intré-
pide et infatigable chercheur sur quelque manuscrit qu'on croyait perdu pour
toujours et qui gisait, à l'abandon, dans une bibliothèque de province. Sans lui,
saurions-nous que la Bibliothèque de la ville possède une des plus belles collec-
tions de manuscrits en lettres onciales, — la plupart des dons de Charlemagne,
et déposés, au nom de ce prince, dans l'abbaye de l'Ile-Barbe, par Leidrade, son
missus dominicus. Delandine les avait, il est vrai, décrits, mais sa science avait
de courtes limites et son catalogue fourmille d'erreurs. Sans M. Léopold Delisle
non plus, nous serions encore à gémir sur le vol commis par Libri dans la bi-
bliothèque de la ville, de deux fragments du Pentateuque vendus par lui au
JUILLET 1884. — T. VIII 8