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l'époque précédente. Notre mosaïque des jeux du cirque, par la finesse du
travail, se révèle tout à fait digne de l'âge que nous lui assignonsI. Hubner 2
prétend qu'elle n'est certainement pas antérieure au troisième siècle, à cause
du style, de l'exécution grossière. Mais le contexte de son jugement prouve
qu'il n'a vu ni l'original ni même la planche d'Artaud.
La destruction de l'édifice qui abritait la mosaïque serait imputable,
d'après Artaud 3, soit à l'incendie qui ravagea la ville sous Néron, soit « aux
malheurs qu'elle éprouva sous Sévère ». Nous mettons l'incendie hors de
cause, puisque nous le croyons antérieur à la confection du pavement, et
nous le mettrions hors de cause même sans cette raison chronologique : il
ravagea la ville proprement dite, Lugudunum, la colline de Fourvière4-
mais traversa-t-il la Saône, atteignit-il le quartier des Canabae ? C'est bien
improbable. Contre la seconde hypothèse d'Artaud, je ne vois aucun argu-
ment péremptoire. Mais que l'abri de la mosaïque se soit écroulé au temps
de Septime Sévère ou seulement plus tard, il était dupe d'une illusion quand
il croyait que « des barbares ou des ignorants » s'acharnèrent à la dégrader
parmi les ruines pour satisfaire leur cupidité. « Ce qui nous a confirmé dans
cette idée, c'est que tous les vêtements formés avec des pierres précieuses
ont été enlevés, tandis que le reste est intact » 5. La phrase est équivoque.
Artaud n'a sans doute pas voulu dire que tous les vêtements avaient été
enlevés, ce qui le mettrait en contradiction avec sa planche et nous oblige-
rait à tenir son témoignage ou celle-ci pour outrageusement infidèle ; il n'a.
pas voulu opposer les vêtements au reste. Il a voulu opposer au reste une
partie des vêtements formée, selon lui, de pierres précieuses, et dire que
toute cette partie avait été enlevée ; assertion, d'ailleurs, émise à la légère et
qu'un simple coup d'œil jeté sur la planche réduit à néant. Par exemple,
i. Artaud, 1835, p. 55 : « Pour ce qui est du mérite de l'exécution, M. Belloni prétend qu'elle est sem-
blable à celle des Centaures du Vatican ».
2. Article cité, p. 138 et suiv.
3. 1806, in-fol.,p.8.
4. Sénèque, Lettres à Lucilius, 91, 10 : Civitas arsit... uni... imposita... monti. Les assertions de Steyert,
ouv. cité, I, p. 336, sont manifestement fausses. Cf. Revue d'histoire deLyon, III, 1904, p. 18.
5. 1806, in-fol., p. 8 ; cf. in-8, p. 13 : « Ce qui m'a confirmé dans cette idée, c'est que tous les vêtements
formés avec des pierres précieuses ont été dégradés, surtout les bleus, en lapis, tandis que tout le reste est
intact ». Au bas de ce passage, reproduit dans le Mag. encycl. de 1806, IV, p. 165, Millin se demande en note
s'il est bien sûr que ce soit du lapis et non pas plutôt de l'émail, le lapis n'étant pas assez dur pour être foulé
aux pieds.