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défend, il avoue ses intentions, il excuse ses desseins et ses démarches ;
mais de ses réponses, de ses confidences on ne détache rien de capable
d'éclairer les policiers, autrement mieux informés que lui sur les menées
et les personnages des agences royalistes ; on ne relève aucun indice
d'offre de service ou d'embauchage, d'intention d'abandonner la cause
des princes pour passer de l'autre côté, dans le contre-espionnage minis-
tériel. La loyauté du gentilhomme et sa discrétion demeurent au-dessus
de toute médisance.
      Dès son arrivée à Paris, le mandat de le cuisiner, comme on dit
dans l'argot des maisons centrales, avait été confié à un commis important
des affaires politiques, Patrice, camarade, dès le collège, de son chef
Desmarets, qui avait aristocratisé son nom et ne signait plus que René
Patrice de la Faye. Il ne parvint qu'avec assez de lenteur à décider Vernè-
gues à narrer son passé, à énumérer les occupations et les emplois qui
avaient absorbé les onze années écoulées depuis son départ de Nice, à
décrire les essais de restauration légitimiste auxquels il avait prêté la
main. Avant de céder, l'ancien officier posa ses conditions ; il souhaita
d'abord d'être délivré du secret et de la cellule où on le maintenait depuis
le premier jour, il essuya un refus ; toutefois, comme dédommagement,
on s'engagea à ne pas divulguer la confession soi-disant spontanée qu'on
sollicitait, à la tenir secrète, surtout à n'en point user pour le déférer
à un tribunal et provoquer une condamnation ; enfin, il aurait préféré,
au lieu de n'avoir qu'à consulter sa mémoire et à en suivre l'impulsion,
répondre à un questionnaire, où les points à traiter eussent été divisés
par séries ; il obéit cependant, et Patrice, trop prompt à s'accorder un
brevet de réussite, terminait son rapport par ces mots, gros de surprises :
« Je crois qu'on en tirera parti ». La prévision était prématurée. Au fond,
cette autobiographie devint plutôt un habile plaidoyer qu'un résumé
fidèle des entreprises anti-constitutionnelles, auxquelles le prisonnier,
livré par le cardinal Fesch, avait concouru ; il reconnaît qu'il a été le
correspondant du prétendant et de son neveu le duc de Berry, mais
uniquement pour des intérêts de finance. Il a entretenu des relations
épistolaires avec leurs secrétaires, il a servi à Gênes et à Florence les
légations d'Espagne et de Russie ; il a été bien accueilli à la cour des