Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
                                            — 285 —
      Au surplus, l'œuvre est commencée. Il était inévitable qu'en présence du déve-
loppement des relations économiques internationales, les droits cherchassent à se
rapprocher et à s'uniformiser. Nous ne sommes encore qu'au début du mouvement,
et les difficultés à vaincre seront considérables, comme on a pu s'en rendre compte
lors des travaux de la conférence tenue à la Haye en 1910 pour unifier le droit relatif
à la lettre de change, au billet à ordre et au chèque ; mais elles n'arrêteront pas la
marche en avant. Le Traité de Versailles a consacré quelques résultats et en laisse
espérer d'autres. En dehors des efforts officiels, des efforts de caractère privé ou
semi-officiel sont tentés dans chaque pays, avec l'appui d'associations comme la
Commission américaine for the promotion of uniformity of législation, ou le
Comité français ponr l'Union législative entre les nations amies et alliées. Il serait
trop long de noter ici toutes les manifestations du même genre ; mais ce qu'il
convient d'ajouter, c'est que l'uniformisation ne pourra se faire qu'au détriment
de certains droits et au profit de certains autres, de telle sorte que le droit de
chaque grande nation devient un instrument d'action et de pénétration au service
de sa politique internationale.
      Toutes ces raisons ne commandent-elles pas de s'attacher plus que jamais aux
études de droit comparé ?
      C'est ce qu'a parfaitement compris la Faculté de Droit de Lyon qui vient de
décider la création d'un Institut de droit comparé (1). Soucieuse de contribuer,
pour sa part, à l'œuvre nationale que nous venons d'indiquer, soucieuse d'assurer
une complète adaptation de ses enseignements aux exigences de la clientèle étrangère,
qui, libérée, au moins partiellement, de l'attraction scientifique allemande, s'oriente
de plus en plus vers nos Universités, soucieuse enfin de fournir à ceux de nos com-
patriotes engagés dans les transactions internationales — et ils sont nombreux à
Lyon — les renseignements d'ordre juridique qui leur sont indispensables, elle a
mis sur pied un projet, aujourd'hui en bonne voie de réalisation.
      Mais il ne faut pas se dissimuler que, pour le mener à bien, tous les concours
lui sont nécessaires. Celui de l'Etat vient de se manifester par la création d'une
chaire de droit comparé et par des subventions trop modestes. Ce concours est
insuffisant, et le demeurera aussi longtemps que nos finances ne se seront pas relevées.
Il faut donc chercher ailleurs et faire appel à l'initiative privée. Ne donnons pas
aux étrangers, qui nous ont devancés dans cette voie, une preuve d'impuissance.
 Des instituts de cette nature existent dans plusieurs pays. Tout dernièrement, le
professeur Stang, de l'Université de Kristiania, a pu fonder un institut international
 d'études comparées de droit et a trouvé sans difficulté les deux millions qui lui
étaient nécessaires. La Faculté de Droit de Lyon se montre beaucoup moins exigeante.
Si elle pouvait disposer d'une centaine de mille francs pour se procurer les collections


    (1) Sur le projet de création de cet institut et sur son organisation, voir l'Enseignement du Droit
comparé, par M. Lambert (Annales de l'Université de Lyon, nouvelle série, II, Droit-Lettres, Paris,
Rousseau, 1919).