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entre les représentants de deux siècles. Enfin, au milieu du dîner, arriva
le duc Dalberg. Il paraissait ému. Il s'excusa sur la nécessité où il avait
été d'ouvrir son courrier et de lire des dépêches importantes. Il y a une
bien grande nouvelle, dit-il à Mme de Saint-Fargeau, avant de s'asseoir ;
il est mort! Il voulait dire l'homme du siècle. Tout le monde le comprit (6)».
      L'année d'après, il lut l'ode de Manzoni, le Cinq Mai, qu'il
déclarait « parfaite », et lui-même il écrivit sa fameuse Méditation,
Bonaparte (7).
      Sur cette tombe à peine fermée le poète épanche d'abord une libation
de pitié et d'admiration. Quel cœur en effet, ne s'émeut à évoquer l'hom-
me du Destin qui, hier, se dressait sur le monde en vainqueur et qui,
aujourd'hui, est couché sous la pierre du tombeau?
         Il est là!., sous trois pas un enfant le mesure!
         Son ombre ne rend pas même un léger murmure.
         Le pied d'un ennemi foule en paix son cercueil.
         Sur ce front foudroyant le moucheron bourdonne,
         Et son ombre n'entend que le bruit monotone
              D'une vague contre un écueil.

      En 1814, Lamartine avait désapprouvé le pamphlet féroce de Cha-
teaubriand, De Buonaparte et des Bourbons, et il en avait appelé à la cons-
science des siècles contre ces calomnies que la passion politique elle-même
ne pouvait excuser. A plus forte raison respectera-t-il dans son poème
celui dont le nom a volé longtemps sur l'aile de la victoire et qui est venu
s'abattre en un coin perdu de l'océan pour y traîner six ans l'agonie de
l'esclavage et de l'humiliation :

         Ne crains pas cependant, ombre encore inquiète,
         Que je vienne outrager ta majesté muette.
         Non! La lyre aux tombeaux n'a jamais insulté!
         La mort de tout temps fut l'asile de la gloire.
         Rien ne doit jusqu'ici poursuivre une mémoire,
               Rien... excepté la vérité !