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   NAPOLÉON JUGÉ PAR LAMARTINE

     Lamartine était né royaliste ; ses aïeux avaient servi les Bourbons :
le grand-père du poète reçut la croix de Saint-Louis à la bataille de
Fontenoy ; son père resta dans l'armée jusqu'à l'âge de trente-huit ans
et vint en 1792 à Paris pour défendre, avec la garde constitutionnelle et
les Suisses, le château des Tuileries et l'infortuné Louis XVI. Durant la
tourmente révolutionnaire, les Lamartine souffrirent la persécution —
biens mis sous séquestre, emprisonnement, déportation même — jusqu'à
ce que le 9 thermidor les délivrât enfin. Faut-il s'étonner que la foi légi-
timiste ait été d'abord ardente au cœur de l'enfant, bercé aux récits d'un
long passé de loyalisme et des scènes récentes de la terreur?
     Ni l'ère réparatrice du Consulat, ni l'épopée guerrière de l'Empire
ne purent détourner cette famille du culte de ses traditions. S'il faut en
croire une page du Cours familier de littérature (1), Napoléon se serait
arrêté quelques jours à Mâcon, en 1805, lorsqu'il allait se faire couronner
à Milan et il aurait mandé auprès de lui l'oncle du futur poète, Louis-
François, seigneur de Monceau, le chef de la famille, qui jouissait dans
le pays d'une grande considération. Napoléon lui offrit le Sénat : « Je
désire rester simple citoyen, répondit le gentilhomme, et ne rien engager
volontairement de ce que votre Majesté laisse de liberté à ses sujets,
celle de cultiver mes terres en payant mes impôts. — Vous êtes frondeur,
dit en riant amèrement Napoléon. — Non, sire, je suis impartial, et je
craindrais de cesser de l'être en approchant trop souvent de Votre
Majesté».
     Au collège de Belley, où Alphonse de Lamartine fit ses études sous
la direction des Pères de la Foi, la gloire de Napoléon ne devait pas trou-
bler les têtes des élèves, qui appartenaient à d'anciennes familles de la
région et des pays voisins. Les maîtres de Belley ne tardèrent pas à devenir
suspects au pouvoir, qui les expulsa vers la fin de 1808. Lamartine dira
plus tard de ce collège qu'« il contrastait heureusement avec cette éduca-
   Rev, Lyon.                                                         15