page suivante »
— 161 —
ments et la plus grande partie de sa superficie. Un mémoire de l'époque
estime que, d'après le plan de Séraucourt de 1740, la superficie totale
de Lyon s'élevait à 2.800 bicherées dont il y avait lieu de défalquer le
tiers pour les rues, places, quais et remparts, ainsi que pour le lit de la
Saône, ce qui laissait environ 1.867 bicherées pour les habitations. Or,
sur ces 1.867 bicherées, et d'après le même plan, 1.458 étaient occupées
par les religieux tant séculiers que réguliers, ce qui limitait à 409 bicherées
la surface disponible pour les 110.000 habitants composant alors la popu-
lation de la cité lyonnaise.
La question se posait donc nettement, vers le milieu du dix-huitième
siècle, de l'agrandissement de la ville en raison de l'accroissement de la
population. C'était là , avec l'état des finances municipales qui était fort
précaire, une des plus angoissantes préoccupations du Consulat. En
J
735> I e Conseil de ville avait acheté l'île Mogniat, la plus grande des
îles du confluent. Son projet était de détourner le Rhône au moyen d'une
forte digue et de joindre cette île aux remparts, puis d'installer à l'intérieur
les chantiers de bois, les ouvriers en suif, les tanneurs et toutes les indus-
tries « qui embarrassent ou incommodent le reste de la population».
C'était à la fois agrandir et assainir la ville, mais vu le peu d'étendue
de l'île Mogniat, le remède était de peu d'efficacité devant l'importance
du mal.
De nombreux citoyens, s'intéressant aux questions lyonnaises, pré-
sentaient au Consulat des projets d'agrandissement de la ville. En 1740,
l'architecte ingénieur Guillaume Delorme, membre de l'Académie de
Lyon, proposait de reculer la jonction du Rhône et de la Saône jusqu'Ã
la pointe méridionale de l'île Mogniat, ce qui correspondait à peu près
à l'extrémité sud de l'actuelle gare d'eau. Dans le plan de Delorme,
deux larges chaussées reliaient la ville à l'île, l'une forçait le Rhône Ã
suivre une ligne droite, l'autre resserrait le lit jusqu'alors commun aux
deux fleuves en l'abandonnant tout entier à la Saône. Entre ces deux
chaussées, un vaste bassin entouré de quais, recevant par des permis les
eaux du Rhône pour les rendre à la Saône, pouvait, au moyen de deux
écluses, abriter les bateaux des deux rivières. Sur la chaussée du Rhône,
on établissait des moulins à farine, la différence de niveau entre le Rhône