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toute une mentalité qui se dresse comme un obstacle infranchissable
entre le roi et le ministre. Qu'on se représente ce roi tel qu'il apparaît
à la clarté des derniers événements, ce roi borné, entêté et violent, sans
culture, sorte d'adjudant prussien, si fier du bâton de feld-marschall
allemand que son impérial beau-frère lui a décerné qu'il l'emportait
dans tous ses déplacements ; sans idée, sans direction politique, rancunier
à l'excès, incapable de sacrifier une de ses inimitiés au bien de son pays,
rusé d'ailleurs jusqu'à la fourberie, ne reculant pas devant le mensonge,
engageant sans sourciller, on s'en souvient, sa parole de soldat et de roi
à un député français et une fois le tour joué la reprenant sous prétexte
de scrupules constitutionnels, d'une impudence telle qu'elle confond,
ayant le front, dans le premier discours qu'il a prononcé à Athènes après
sa triomphale rentrée, de parler de ses relations excellentes avec les
puissances de l'Entente et surtout l'audace de saluer sa vaillante alliée,
la Serbie, la pauvre Serbie qu'il a laissé égorger en 1915, qu'il a livrée
lui-même, maintenant on le sait, aux convoitises autrichiennes et aux
rancunes bulgares ; ce roi qui rêvait de poignarder nos troupes dans le
dos, s'il avait été forcé de se joindre à nous; dont la diplomatie n'a jamais
été faite que d'imposture, qui a ouvert délibérément son pays aux ennemis
traditionnels de la Grèce. Qu'on revoie par la pensée tout ce passé qui
est d'hier et qu'on mette en regard la politique de M. Venizelos toute
pleine de lumière et de clarté, la rectitude de la ligne politique qu'il a
suivie sans se laisser arrêter par les obstacles amoncelés sur sa route,
parlant haut et clair, allant au plus court vers le but qu'il s'est fixé.
D'un côté le mensonge, la fourberie, la politique tortueuse sans
idéal, sans principe ; de l'autre le triomphe du bon sens, la vue directe
des choses, la fidélité aux principes et aux idées et, avant tout, la plénitude
de la raison, la force suprême du logos antique, revivant par une trans-
mission mystérieuse et comme spontanée dans le cerveau d'un des der-
niers enfants de la vieille Grèce. En vérité c'est bien toute une mentalité
qui sépare ces deux hommes.
Il n'est pas inutile de rappeler ces choses, et de mettre en lumière
les qualités éminentes de M. Venizelos, non seulement parce que plus
que jamais et surtout dans notre pays il est nécessaire de lui rendre la