page suivante »
UNE FEMME MURÉE 403 Roger leur apprit qu'il avait pris part, sur les vaisseaux de la religion, à plusieurs combats, que sa première année d'épreuve ne s'était point passée sans gloire. Rappelé par la mort de son père en Savoie, il n'avait pu résister au désir de venir pleurer encore une fois sa sœur au château de Gramont, d'y exprimer sa reconnais- sance à ses châtelains, et de leur faire probablement d'éternels adieux. A ces mots son cœur se serre et se brise, ses larmes coulent, Gabrielle, vivement émue, ne cherche pas non plus à dissimuler sa douleur. Alors l'excellent Guillaume prit leurs deux mains dans les siennes, les unit et leur dit avec une bonté ineffable: « Mes enfants, j'ai lu dans vos deux cœurs, les liens de la sympathie vous unissent ; qu'un amour pur et chrétien vous fixe à jamais près de moi. Chevalier Roger de Laus- sac, je crois avoir deviné et devancé vos désirs, vous n'avez pas encore fait de vœux solennels et irrévocables dans l'ordre de Malte; vous n'en ferez pas, j'ai écrit au Grand Maître ; il entre complètement dans mes vues. Je vous donne ma Gabrielle, et en elle un trésor que vous saurez apprécier ; etvous, mafille, je vousdonneun époux tel que mon cœur le désirait. « Une affreuse tempête a ébranlé vos âmes; qu'elles se raffermissent aujourd'hui et devenez fiancés. » Roger tombe aux pieds du généreux Guillaume, Ga- brielle s'y jette aussi, et tous les deux éprouvent un bon- heur d'autant plus grand qu'ils n'auraient osé l'espérer. Partez, Roger, reprit le digne châtelain, allez saluer votre famille, faire vos adieux à Malte; vous renoncerez à la gloire aventureuse et chrétienne de cet ordreillustre. D'autres devoirs vous fixeront ici. Je vous adopte, vous serez mon fils; vous prendrez mon nom et mes armes. Je vais eu écrire à notre bien-aimé souverain. Je ne doute pas du bonheur de Gabrielle et après moi, de celui de nos vassaux. Notre récit finit ici; inutile de dire que nos fiancés chrétiens furent heureux. Le père Athanase bénit leurs serments et baptisa leurs fils. Il répéta longtemps: Il ne faut jamais désespérer delà Providence, les beaux jours succèdent aux tempêtes. Il parvint avec eux à la plus grande vieillesse. Guillaume n'eut qu'à s'applaudir de son choix, Roger