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 304                          LA REVUE LYONNAISE

   Sur cette gracieuse invitation, je me suis mis en quête de savoir
comment ce célèbre bréviaire, dit « de Salisbury, » a pu sortir de la
Bibliothèque de Lyon pour arriver aux mains du duc de La Vallière,
et voici ce que j'ai pu recueillir à cet égard.
   Ce grand personnage apprit, en 1775, au moment où il formait
sa riche collection, que Lyon possédait de très beaux manuscrits et
des incunables non moins précieux, comme le fameux Tite-Live en
2 volumes in-f° sur vélin, imprimé à Venise par Vindelin, de Spire,
avec cette mention :

            « Et Vindelino debebis tu quoque formis
            egregie impressit has modo qui Decadas. »

   Il pria Mgr de Montazet, alors archevêque de Lyon, d'obtenir du
Consulat l'autorisation de le lui porter, ainsi que d'autres ouvrages.
Mais M. le duc de La Vallière fut long à admirer ces ouvrages, car
ce ne fut qu'en 1781 qu'il rendit, entres autres, le Tite-Live, lequel
subit depuis lors de si étranges vicissitudes. (1) Il est donc très
admissible que le bréviaire de Salisbury, soit oubli soit toute autre
cause, ne fit pas partie des livres renvoyés à Lyon, et que, à la mort
du duc de La Vallière, il fut acheté par la Bibliothèque nationale
qui le possède encore.
   La bibliothèque de Camille de Neufvillc étant celle d'un prêtre, il
n'est pas surprenant d'y rencontrer un grand nombre de bibles
sorties des meilleures presses de la France et de l'Etranger. Il y en


   (1) Ce volume, cité par Colonia comme l'une des raretés de la Bibliothèque
du collège de la Trinité, fut broyé par un boulet de canon, pendant le siège
de Lyon, en 1793. Néanmoins, les commissaires envoyés par la Convention
pour dépouiller cette bibliothèque de ses ouvrages les plus précieux s'en empa-
rèrent. L'évêque constitutionnel Grégoire annonça en ces termes à ses collègues
l'arrivée à Paris du célèbre incunable. « Il manquait à la Bibliothèque nationale, »
dit-il, « entre autres choses, le Tite-Live imprimé à Venise, en 1470, par Vindelin,
de Spire. Un exemplaire de cet ouvrage qui arrive de Ville-Affranchie (Lyon) sera
un monument sous deux points de vue, parce qu'il est rare, et parce que, dans le
siège de cette ville rebelle, un boulet a brisé sa couverture et les marges du volume,
sans altérer notablement le texte. » (Moniteur du 12 avril 1794.)