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90 LA REVUE LYONNAISE grâce à laquelle s'intitulent libéraux certains sectaires, qui ne reculent pas devant les violations les plus flagrantes du droit. Ses pages sont fécondes en aperçus justes. A les lire et à les méditer, l'esprit ne peut que gagner en largeur de vues et en tolérance. LES NOCES D'UN JACOBIN, par Charles d'HÉRiCAULT. — Paris. Emile Per- rin. 1885. Apre et virulente satire des mÅ“urs révolutionnaires, ce volume évoque vivantes à nos regards les scènes de la vie jacobine, aux plus mauvais jours de la Terreur. L'époque terrible renaît pour un instant, avec sa cohue grouillante de patriotes, de dénonciateurs et de victimes. L'atroce y coudoie le ridicule, le rire meurt dans un sanglot. Le sympathique auteur de tant d'oeuvres connues et appréciées y fait preuve d'une connaissance parfaite des moindres particularités de la vie parisienne, telle qu'elle était en ces jours sanglants. Dans aucun de ses livres, il n'avait rendu si nettement, si exactement la physionomie de ces dernières heures de la dictature robespiérienne. Je ne veux pas déflorer l'ouvrage en en donnant ici une analyse forcément abrégée. J'y renvoie le lecteur. Il trouvera à cette lecture plaisir et profit. ANNA KARÉNINE, par le comte Léon TOLSTOÃ, roman traduit du russe. — Paris. Hachette. 1885. — 2 vol. — Prix : 6 francs. Il en est des romans russes comme des romans anglais : pour se complaire à leur lecture, il faut se faire à une tournure d'esprit différente de la nôtre, et se lais- ser aller au courant des impressions nouvelles que nous y ressentons. J'ai souvent entendu accuser le comte Tolstoï d'être long, prolixe. Le reproche n'a pas lieu d'étonner dans la bouche de lecteurs français accoutumés aux brièvetés saisissantes du conte tel que l'écrivent chez nous les maîtres contemporains. Mais à juger de la sorte, on risque fort d'être injuste. Pour apprécier sainement les Å“uvres de lit- térature, il ne faut pas se faire un modèle imaginaire, auquel on veuille tout rame- ner. Il vaut mieux prendre le beau et le bien partout où ils se rencontrent, de quelque forme qu'il ait plu à l'écrivain de les revêtir. La Guerre et la Paix, de Tolstoï, était une Å“uvre maîtresse. Bien qu'à mon sens Anna Karénine lui soit inférieur, ce roman ne manque pas de sérieuses qualités. Il n'est pas écrit dans le sens des tendances naturalistes et positivistes, qui, pour un temps, prévalent chez nous. L'idée morale n'en est point absente. Pour quel- ques-uns ce peut être un défaut : pour moi, c'est une force, quand elle est traitée