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TOUSSAINT DECHAZELLE 361
— Vous êtes un enfant, reprend le professeur, suivez-
moi, et il le conduit auprès de son patron qui, sur les
instances de son protecteur, consent à reprendre "le
jeuneDechazelle et à l'essayer quelque temps encore.
Un mois s'était écoulé depuis cet incident, lorsque le
patron, entrant fortuitement dans le cabinet du jeune
artiste,aperçoit les murs tapissés d'études d'après nature.
Surpris de la perfection de ce travail, il demande à son
employé d'où il a tiré cette collection? Sur sa réponse
que ce sont ses propres oeuvres, il ouvrit enfin les yeux.
Le mérite réel du jeune homme, tenu jusqu'alors pour
incapable, se révéla comme par enchantement.
A partir de ce moment, Toussaint Dechazelle fut l'ob-
jet des prévenances de scn patron qui le recommanda
d'une manière particulière au dessinateur en chef de sa
maison pour qu'il lui enseignât ce qui lui avait fait défaut
jusqu'Ã ce jour, c'est-Ã -dire, la science de la fabrication.
Le dessinateur en chef trouva dans son élève des dis-
positions et une intelligence telles qu'en peu de temps
il en fit un maitre de premier ordre et en abusa à son
profit. Homme du monde et de plaisir, il se déchargea
de son travail sur son élève. Ce fut tout profit pour lui,
car outre les loisirs qu'il se créa de la sorte, il recueillit
sans vergogne la gloire des succès dus à la verve seule
et à le fécondité du jeune artiste, son second.
Mais la vérité finit par se faire jour. L'indélicat dessi-
nateur chef fut congédié, on augmenta le traitement du
jeune homme, on lui offrit même un intérêt dans les af-
faires qui venaient d'être renouvelées sous la raison de
commerce de Guyot et Germain, nom célèbre dans les
annales de la fabrique de Lyon.
Dechazelle avait alors à peine dix-huit ans et venait
ainsi de conquérir une position sûre, honorable et lucra-