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                LES ÉLÈVES SOURDS-MUETS                  97

   L'habile professeur a peu d'élèves. Obligé de fondre
son intelligence et de la faire entrer goutte à goutte dans
le cerveau fermé de l'enfant, il faut qu'il donne toute
son attention, toute son âme à cette grande initiation;
il ne pourrait enseigner en même temps une grande as-
semblée, et c'est là, croyons-nous, l'obstacle qui a décou-
ragé ses prédécesseurs plus portés à faire beaucoup qu'à
tendre, ainsi que lui, à la perfection.
   Devant votre Commission, Messieurs, le premier exer »
cice a été «elui de l'articulation des sons.
   Les yeux fixés sur la bouche du maître, les trois plus
jeunes élèves nous ont fait connaître le commencement
de l'enseignement qui leur était donné, en imitant le
mouvement des lèvres du professeur et en répétant les
sons émis devant eux.
   C'est le premier pas et, pour le commençant, c'est
le plus difficile.
   Les sourds-muets qui se servent de la dactyologie ne
peuvent converser qu'entre eux, ou avec les rares per-
sonnes initiées à leur enseignement. Ils sont isolés au
milieu de la foule et ne peuvent employer qu'une partie
de la science qu'ils ont si péniblement acquise.
   La plupart, munis d'une ardoise, vous demandent un
renseignement par écrit ou vous jettent rapidement une
pensée, heureux quand ils rencontrent, un homme assez
lettré pour que le crayon leur donne la réponse de-
mandée.
   Le sourd-muet qui parle, dit M. Hugentobler, est
comme un voyageur arrivant dans un pays étranger et
parlant un peu la langue des indigènes. Sans doute, sa
phrase n'est pas toujours élégante et correcte, mais il
saura se faire comprendre et cela lui suffira dans la plu-
part des occasions.




V