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que celle de l'homme! Voilà un regard qui rencontre un re-
gard, une main qui presse une main, et votre vie se change
tout entière; une tombe arrive, et cette vie se flétrit comme
la fleur sans eau !
Il n'y arien dans les œuvres de M. Reboul qui soit une allu-
sion directe à ce malheur par lequel il s'est trouvé poète, et
deux ou trois pièces du genre intime sont tout ce qui peut re-
tracer quelques lignes de sa biographie. Nous avons déjà vu
les Souvenirs d'enfance; le poète rappelle , dans une autre
pièce, les Fantômes charmants que la mort lui a ravis (1), et
puis, dans le Dernier Jour, nous retrouvons encore ces appa-
ritions pleurées:
Il me semble qu'enfin mon œil y reverra
Ceux qu'avec amertume autrefois il pleura ;
D'amour et d'amitié ravissantes étoiles,
Que le trépas jaloux me cachait sous ses voiles;
Des amis toujours prêts à me donner secours,
Et qui, dans les mauvais comme dans les bons jours ,
Tristes de ma tristesse, ou joyeux de ma joie,
De ma maison jamais n'oublièrent la voie;
Et ces êtres encor plus voisins de mon cœur ,
Que ta main m'enleva, mon Dieu, dans sa rigueur,
Et dont les souvenirs, tristes et doux mystères,
Remplissant le sommeil de mes nuits solitaires,
Me firent, tant de fois, quand l'aube se levait,
Au réveil décevant, pleurer sur mon chevet (2).
Pour ce qui tient à la noblesse de l'ame , à la lierté de la
pensée, elle se fait jour incessamment dans les Poésies de Re-
boul. Son recueil, parfaitement un dans sa tendance, est très
varié dans la forme, dans le choix des sujets et dans celui du
rhylhme. Ici, l'élégie et la ballade ; là , toute la magnificence
de l'ode moderne ; ailleurs, la méditation à la manière de La-
martine; puis le récit familier et grave tour à tour comme le
(1) Accablement, p. 175, 5 e édit.
(2) Le Dernier Jour, chant IIIe.