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292 LA BOUCLE D'OR
Elle a, pour la circonstance, des gants de peau, ce qui
est déjà un signe d'élégance, et ces gants sont d'un beau
jaune paille, dernière expression de la mode du jour.
Attentif, son compagnon suit du regard la charmante ma-
nœuvre, les doigts agiles de la main droite faisant glisser la
fine et souple enveloppe, corps sans âme que moule peu Ã
peu la main gauche et qui prend vie à mesure que s'accu-
sent les contours.
Jamais Jean n'a autant remarqué les jolies mains de la
fillette. Et puis, le buste a des oscillations si gracieuses! la
figure est si expressive, soit qu'elle trahisse de passagères
et gentilles impatiences, soit qu'elle s'illumine de la satis-
faction que donne la difficulté vaincue, et aussi le senti-
ment qu'on a la main bien faite et bien gantée !
Que se passe-t-il alors dans la cervelle du pauvre garçon ?
Vous le devinerez aisément quand je vous dirai que, le
premier gant enfilé, laGarite en vain cherche l'autre qu'elle
est cependant certaine d'avoir posé sur le rebord de la ter-
rasse. « Oh! mon Dieu, s'écrie-t-elle, serait-il tombé? —
Il doit être tombé, répond Jean Michel, en rougissant
jusqu'à la racine des cheveux. »
C'est un vrai désespoir! Non que l'étiquette interdise Ã
la demoiselle d'honneur de danser à demi gantée : il y a
tant d'invités qui ne le sont pas du tout; mais ce n'est pas
moins un incident des plus désagréables. Et que va dire la
maman.qui a fait les frais de véritables Jouvin, qu'on peut
nettoyer ou teindre, et porter ainsi pendant longtemps ?
Les deux jeunes gens vont et viennent, le long de la
balustrade, et leurs recherches pourraient durer indéfini-
ment si, tout à coup, au défaut de la redingote boutonnée
de Jean, ne se montrait un bout de chevreau d'un jaune
pâle.