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SUR LA MUSIQUE I35
l'imprécation; elle cède, s'apaise, s'affaisse entre les notes
entrecoupées qui annoncent l'andante et les plaintes douces
et résignées. Puis le scherzo éclate comme un réveil du
premier accès. Une mélodie céleste, un chant de consola-
tion est apporté au trio par le second violon ; en vain le
premier se débat et veut lui échapper à travers un dédale
de modulations, elle poursuit le pauvre désespéré et repa-
raît à chaque détour comme pour lui dire : Crois et espère.
Et voilà comment, sans s'en douter, on tombe dans le
travers commun, après avoir blâmé chez d'autres la manie
des interprétations; et comme Beethoven sourirait de pitié
s'il était condamné à les entendre ! Je crains sa colère d'ou-
tre-tombe et je rentre dans mon fromage pour ne pas être
tenté de grignoter encore quelques partitions.
Assez; allons ouïr le rossignol, et allons loin. Nos cam-
pagnes si ombragées, si attrayantes du temps de Grobon et
d'Épinat sont perdues. Qu'est devenu le pigeonnier de
Roche-Cardon et la grotte de Jean-Jacques? Les terrasses
sont éventrées, les beaux arbres convertis en bûches; il y a
de petits chalets peinturlurés, des tours à mâchicoulis qui
n'ont pas le sens commun, des gazons jaunis, des arbres
malingres, des cheminées et des guinguettes, des omnibus
et les refrains du Casino, et jusque dans les villages jadis
pittoresques, des affiches de pharmacie. Peignez donc un
toit d'ardoise dont les tons sont faux et font tache, dessinez
donc un bois découpé ou des fenêtres sans meneaux qui
font trou!...