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298            LES ALIÈNES DEVANT L'OPINION

contre ces agissements malhonnêtes ou criminels, car,
en même temps qu'ils sont soustraits aux influences inté-
ressées, leur présence dans l'asile élève une forte présomp-
tion de leur faiblesse intellectuelle contre la validité des
actes que l'on pourrait exiger d'eux. Ce serait sans doute
insuffisant si Ton n'y joignait d'autres mesures conserva-
trices dont le moment n'est pas encore venu de nous occu-
per. Il suffit seulement de constater, qu'à ce point de vue,
la séquestration dépeinte sous des couleurs si sombres et si
défavorables est une condition avantageuse toute en faveur
des aliénés bien plus qu'une mesure cruelle et tyrannique.
   En résumant les réflexions qui viennent d'être exposées,
je crois pouvoir conclure que l'asile est pour les aliénés un
moyen de protection à quel point de vue qu'il soit envi-
sagé. II les place dans les conditions propres à obtenir leur
guérison, quand elle est possible, sinon, à recevoir des soins
éclairés et appropriés à leur position. Il contribue dans une
large part à défendre leurs intérêts matériels en écartant les
occasions de captation trop fréquentes dans la vie sociale
ordinaire. Ces considérations devraient suffire pour mettre
un terme aux préjugés et aux appréhensions qui font retar-
der l'internement et réduisent dans une notable proportion
les chances de guérison de ces malades. Il est, en effet,
incontestable, et les faits le démontrent, que la curabilité
de la folie est en général d'autant plus grande que le trai-
tement s'opère à une époque plus rapprochée du début. Le
temps perdu est souvent irréparable, et c'est agir contre les
intérêts véritables dçs malades que de ne point mettre à
profit les instants toujours trop courts où l'on peut espérer
une curabilité.
   L'isolement n'est pas seulement une mesure utile aux alié-
nés, c'est encore une garantie pour les intérêts de la société.