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site d'une réforme. Depuis long-temps, la Rome chrétienne
scandalisait les grands poètes, et les chrétiens étaient les
premiers à invoquer contre elle la vengeance céleste. Dante
et Pétrarque avaient énergiquement signalé la corruption
de la cour de Rome et de celle d'Avignon. Le premier, dans
le discours de Saint-Pierre (Paradis XVII), s'exprima par ces
fortes paroles « Celui qui, sur la terre, usurpe ma place, ma
place,dis-je, vacante en la présence du fils de Dieu, a fait de
mon cimetière un cloaque de sang et de souillure, de sorte
que l'esprit pervers précipité du haut des cieux se complaît
là -bas (1). »
Il était difficile de blâmer avec plus de violence Boniface
VIII, Clément V et Jean XXII. Pétrarque n'est pas moins amer
dans des églogues; il attaque d'abord sous le voile allégori-
que Clément VI et les cardinaux, mais bientôt après, il re-
jette tout ménagement dans ses sonnets XCI. CV. CVI. CVII;
il appelle la cour pontificale l'avare, l'impie Babylone, qui a
comblé la mesure du courroux divin ; temple de l'hérésie,
nid de trahison, école d'erreur, elle se livre à tous les vices,
à livresse, à la débauche; Belzébulh préside même à ses
fêtes voluptueuses. Ces vers écrits par un chanoine, attaché
à l'évêque de Lombez et au cardinal Colonna, étaient deve-
nus populaires et se chantaient dans toute l'Italie. Quant Ã
Boccace, spirituel et malin conteur, très-insouciant dans sa
croyance, mais très amoureux, il portait une main sacrilège
sur les choses saintes du cœur comme sur les choses saintes
de l'Eglise.
La papauté étant venue à ce degré d'abaissement, une ré-
forme était imminente. Elle fut entreprise en Italie par les
plus zélés catholiques, à l'aide de doctrines sévères pour les
papes eux-mêmes-, en Allemagne, par Luther avec cette in-
(1) Delécluze et W. Sclilegel sur le livre de M. Kavelti, sullo spirito aniié
papale che produsse la Riforma. Ozanam, de la Philosophie du Banle, au cha-
pitre intitulé de son orthodoxie, pag. 260 et suiv.