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peau, transporter leurs mœurs , créer des routes , semer par-
tout des traces qu'une postérité lointaine aurait à chercher
peut-être. En vain sur sa tête le soleil d'Afrique dardait ses
rayons embrasés , il marchait préoccupé de mille pensées où
se mêlaient confusément les souvenirs antiques et les inspi-
rations de la gloire moderne. Déjà la ville conquise commen-
çait à se perdre dans un vaporeux horizon , et l'aventureux
jeune homme ne songeait point à l'imprudence qu'il commet-
tait en parcourant ainsi, seul, presque sans armes, un pays
où il pouvait à chaque pas tomber entre les mains de quel-
ques-uns des soldats dispersés d'Àchmet.
Il arriva près de l'une de ces citernes autour desquels se sont
couchées tant de générations, et si anciennes qu'on ne saurait
dire au juste quelles mains les ont creusées. Cinq ou six cha-
meaux attendaient qu'un arabe vigoureux eut puisé l'eau des-
tinée à étancher leur soif. Un vieillard assis sur une grosse
pierre paraissait en être le propriétaire et présidait à l'opéra-
tion. Ali, disait-il au jeune arabe, lave les yeux de ces pauvres
bêtes, et rafraîchis leurs nazeaux. Nous devons nous montrer
humains envers les fidèles compagnons de nos courses et de
nos fatigues.
— Salut, mon père, dit le français en «'approchant ; que le
ciel t'accorde une heureuse vieillesse et te fasse de gras pâ-
turages !
— Salut et merci, répondit le vieillard ; puisses-tu vivre
en paix avec toi-même , tel est le souhait de Méhémet en
échange du tien.
— J'espère que ma présence ne t'est point importune. Ton
pays est beau, j'ai voulu l'admirer. D'ailleurs la guerre est
finie, tu ne dois voir que des amis dans les Français.
— Ce qui est arrivé était écrit, répliqua le vieil arabe;
il serait mal de murmurer contre la volonté de Dieu ; mais,
si notre pays est beau, la France n'est pas moins belle ,
je pense.
-j- Sans doute, la France est vaste et riche. Si ses enfants