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ribles que lui portait l'ancienne. Quelquefois aussi c'étaient,
non pas des gémissements, mais des accents d'allégresse que
Rome martyre faisait entendre ; elle chantait alors ses triom-
phes à venir. Du milieu du brasier qui rôtissait ses membres
fumants comme l'encens sur les charbons de l'autel* le dia-
cre Laurent exprimait des espérances et des vœux qui étaient
ceux de la nouvelle Jérusalem, et que notre chantre des
Couronnes, qui vint, après la victoire, célébrer les héros vic-
torieux, traduisait dans les vers suivants :
« 0 Christ, Dieu unique ! ô splendeur ! ô vertu du Père !
ô Créateur de la terre et des deux ! ô l'auteur de ces
remparts !
« Toi qui plaças le sceptre de Rome au sommet des choses
humaines, et qui voulus que l'univers cédât à la toge et se
soumît aux armes des Romains ;
« Afin que tant de nations divisées de mœurs, de coutumes,
de langage, d'esprit et de sacrifices, fussent réunies sous une
loi unique ;
« "Voilà que le genre humain tout entier a passé sous l'em-
pire de Rémus,- l'unité remplace maintenant la dissemblance
des usages et des croyances.
« Ainsi en avais-tu décidé, pour que l'univers fût enlacé
dans une même chaine, sous l'empire du nom chrétien.
« O Christ ! fais donc, en faveur de tes Romains, fais qu'elle
soit chrétienne cette ville, l'instrument et le centre de l'unité
pour les autres villes qui t'invoquent.
« C'est en elle que les membres se réunissent dans un sens
tout mystérieux. Le monde a subi la loi de douceur ; que sa
capitale superbe la subisse également.
« Qu'elle regarde les contrées les plus lointaines, se réunis-
sant sous le joug de grâce ; que Romulus devienne fidèle, et
que Numa s'abaisse devant la foi.
« Les successeurs des Calons (1) supplient encore, en
[l) Catonum curia, pour désigner les plus nobles e! les plus sages d'entre
les Romains.