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DANS L'ANCIEN FOREZ 301
avait épousé Antoinette Gonin ; leur mariage avait été
célébré, le 25 février 1755 , l'homme était alors âgé de
vingt-cinq ans; la jeune femme en comptait à peine dix-huit ;
elle était fille unique et bien apparentée. Il n'est pas dou-
teux que les avantages de la fortune, comme ceux des
qualités morales, n'aient été de son côté; le sexe fort, dans
cette occasion, fut encore le plus chanceux. Le ménage
avait habité Jas pendant quelque temps ; à la mort de Jean
Gonin, le père, il était venu .prendre sa place dans la petite
propriété familiale.
Le premier rappel des fabriciens, quoique revêtu de toutes
les formes légales, ne sembla pas intimider leur débiteur;
il continua la sourde oreille, nulle ment disposé à les dédom-
mager de l'arriéré et à passer, ainsi qu'ils le lui deman-
daient, une reconnaissance nouvelle. Assigné pour le
19 janvier, il ne se présenta pas : les semaines suivantes
il ne parut pas davantage ; le 28 février, un jugement par
défaut fut rendu contre lui, qui le condamnait sur tous les
chefs et l'obligeait, sous peine de contrainte, à se libérer le
plus promptement possible. J'ignore pourquoi cette sentence
lui fut seulement communiquée, trois mois après, le 13 mai ;
on avait vraisemblablement essayé de quelque accommode-
ment; aucun moyen de conciliation n'ayant abouti, force
était de se déterminer à la saisie. Le 4 août suivant, l'huissier
Mcrel arrive, décline son titre et réitère, selon les termes
de l'exploit, le commandement de s'exécuter. Il n'obtient
d'autre réponse qu'un refus formel et il se met en mesure
de remplir son mandat. Deux voisins, appelés à servir de
témoins, se récusent et s'obstinent à ne pas même décliner
leurs noms; avec deux compagnons, amenés en prévision
de Panissières, Morel se rend dans une terre à proximité
de la maison, appelée « René » et joignant au chemin