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même Prudence le style de ce poète est souvent dur et m-
correct, et il pèche gravement contre les lois du mètre.
Mais, 4 ° pages plus loin, quand M. Beugnot a la parole :
Prudence charme ses frères d'Italie par des poèmes
pleins d'onction et d'une suave harmonie. Je sais bien
que cette contradiction n'est qu'apparente, mais elle ne
serait pas échappée à un auteur qui eût écrit sous l'influ-
ence d'une seule inspiration, et le lecteur n'eut pas été
obligé de dire, comme un avocat vénitien aux sérénissimes
sénateurs devant lesquels il plaidait : Il mese passato,
le vostre Eccellenze hanno giudicato cosi, e questo mese,
nella medesima cosa, hanno giudicato tutto il contrario,
e sempre bene (1).
11 me resterait à parler en détail des qualités remarqua-
bles de ce livre, à louer cette réunion précieuse de faits, de
jugements, d'indications, de documents de toute espèce,
ces fragments cités et traduits avec goût, cette variété qui
intéresse toujours et ne lasse jamais, enfin, cette critique
judicieuse qui, contente de la vérité, ne vise jamais au pa-
radoxe. Mais ces détails m'entraîneraient nécessairement
dans des développements sans fin. La critique littéraire a
deux procédés analogues à ceux de l'invention surprenante
dont la presse nous a tant parlé. Tout le monde sait que,
par l'action même de la lumière, M. Daguerre fixe sur un
plan préparé les images des corps lumineux, de sorte que
les ombres seules restent en noir : d'un autre côté, un sa-
vant anglais obtient un résultat tout contraire ; les ombres
deviennent lumineuses dans ses tableaux, et les parties lu-
mineuses y restent tracées en noir. La critique littéraire
(1) Le mois passé, vos Excellences ont jugé de cette façon ; ce mots-ci,
dans la même cause, elles ont jugé tout le contraire, et toujours à merveille.