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38 AUGUSTE BRIZEUX C'est sa mère, Françoise-Souveraine Hoguet, une des- cendante du grand pastelliste du xvm e siècle, Quentin de Latour, « l'immortel magicien », comme l'appelle Diderot, c'est cette femme dont la sensibilité native s'était affinée dans les malheurs de la Révolution, qui sut « mouler à son effigie l'âme de notre poète et laisser sur son génie une impression exquise de délicatesse ». Quoique remariée en 1811 et devenue Mme Boyer, elle avait le droit de dire à l'enfant qu'elle aimait : Oui, je retrouve en toi Un frère, un autre époux, un cœur fait comme moi (1) A l'âge de huit ans, Brizeux fut confié à l'excellent M, Lenir (2), recteur d'Arzano, sur la limite du pays de Vannes et de Cornouailles, près.du Scorf et del'Hellé. C'est de là que date la vraie vie de notre poète : le presbytère, la maison du Moustoir, le pont Kerlô, les haies fleuries, les chênes verts, tous les parfums de ces contrées péné- trèrent l'âme du jeune breton, qui devait les immortaliser, en chantant celle qui lui était apparue entre ces rivières et ces bois, Marie, « fleur de rêve, mystérieuse comme la Bretagne, solitaire comme ces rochers, douce et parfumée comme ces landes ». (3). Sans doute, l'enfant avait bien pleuré en quittant pour la première fois « ses deux mères ». Mais comme il aima bientôt et ce vénérable prêtre, qui répétait toujours ces (1) Marie. (2) « Un de ses frères, dit M. Lecigne, greffier au Tribunal de Kemper-lé, avait épousé la tante du futur poète », qui dut se faire remarquer du bon recteur. (3) Lecigne, p. 45.