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ET AU LAC MAJEUR. 539
frer et se perdre. A la voir ainsi comme immobile entre son
faîte et sa base, on dirait une gigantesque colonne d'argent
dont le fût, ondulant au souffle du vent, ruisselle de perles
et de diamants aux mille feux, et que le soleil entoure
des longues spirales d'un ruban irisé de toutes les couleurs
de l'arc-en-ciel.
On ne s'arracherait jamais 5 de tels spectacles, et pourtant
d'autres tableaux nous réclamaient; et, sans trop nous préoc-
cuper des lieux au milieu desquels nous cheminions, nous
nous trouvons portés par une pente fort raide sur un plateau
de verdure, où s'élèvent les quelques chalels et deux de ces
hôtels, objets de notre perpétuel étonnement, composant le
hameau de Grindelwald, la capitale des glaciers... Delà ter-
rasse de V Aigle, nous jetons sur eux un premier regard d'admi-
ration. Mais bientôt cette contemplation lointaine ne suffit plus
à notre impatience, et comme le ciel avait amorti l'ardeur
de ses feux, nous allons, par une pente verdoyante, contem-
pler de plus près le Glacier inférieur, le seul que nous puis-
sions explorer avant la fin du jour. Bientôt le chemin devient
plus rude ; les pierres amoncelées, les flaques d'eau neigeuse,
forment comme une avenue digne de ces belles horreurs....
Devant nous se dressent le Eiger et le Meitemberg (1) ca-
chant leur base dans la sombre verdure des sapins, et por-
tant jusqu'aux cieux leurs sommets nus et gris ; entre ces
deux masses énormes, la montagne de glaces se courbe en am-
phithéâtre resplendissant, ou plutôt, semblable au cratère en-
tr'ouvert d'un volcan, laisse couler comme une lave de cristal
qui s'étend en une nappe immense tout hérissée de mille
aiguilles étincelant aux rayons du soleil, tandis qu'à ses
pieds s'ouvre une charmante grotte, conque aux reflets na-
crés d'où mille petits ruisseaux tombent, en pluie de perles ,
(1) Montagne du milieu.