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540 «NE PROMENADE EN SUISSE dans des bassins d'argent. Vint la nuit, et mollement étendus sur le vert tapis de la colline, nous jouissons d'un autre spectacle; les crêtes dentelées du glacier dessinaient, sur le ciel d'un bleu sombre, des arabesques sans nombre, mille dessins fantastiques, naissant et mourant tour à tour sous les caprices de la lune qui tantôt les rejetait dans l'ombre et tantôt les éclairait de ses pâles rayons. Dès le matin du jour suivant, perchés sur des chevaux aux pieds solides, à la dure cervelle, nous abordons, par les sen- tiers les plus escarpés le Glacier supérieur. Pour saluer notre arrivée, deux avalanches se détachent des fentes du Schrek- horn (1) et, roulant avec un bruit de tonnerre, se brisent con- tre le tronc immobile d'un vieux sapin ; de ces sommets ef- frayants, et comme dans un lit creusé eutre le Mittenberg et le WeMerhom (2) descend une mer éblouissante dont on dirait qu'une main a tout à coup arrêté les flots soulevés qui se dressent en pics immobiles et glacés, conservant dans leurs flancs entr'ouverts un reflet de leur premier azur. Nous ha- sardons sur ses arêtes polies et brillantes nos pas mal as- surés ; nous descendons, par des escaliers creusés dans la glace, sous d'immenses crevasses dont la voûte transparente laisse filtrer un jour mystérieux, et d'où tombent, comme d'une urne d'albâtre, des ruisseaux qui se perdent à nos yeux, et s'en vont au loin arroser de leurs eaux blanchâtres les prairies de la vallée. Un sentier perpendiculairement dressé devant nous et ser- pentant parmi les mousses, les marguerites blanches ou jau- nes et les liserons bleus, nous porte sur les sommets près- qu'infranchissables de la Grande Scheideek (3). De là , nous (1) Corne elïruyanle. (2) Corne de l'Occident, (S) (iiande arèle,