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538                UNE PROMENADE EN SUISSE

enfonçons dans les sombres vallons de la Lutschine, puis, par
une gorge étroite où, plongés dans les ténèbres, nous devi-
nons le Saumpach (1) à ses sourds mugissements, nous arri-
vons à l'auberge qui, avec deux ou trois chalets, compose
tout le hameau de Lauterbrunen.
   Quelque merveilleux qu'il soit de trouver dans de pareils
déserts un hôtel aussi confortable, ce n'est pas précisément
pour en goûter les douceurs que nous avions quitté notre
roule, et dès les premiers feux du jour , nous nous dirigeons
en hâte vers le but de notre excursion.
   Tout d'abord, le paysage au milieu duquel nous marchons
nous séduit par ses charmes et ses divers aspects;aux pieds
de montagnes gigantesques et nues, où croissent à peine
quelques sapins rabougris, court comme une guirlande de
collines verdoyantes, coupées de vergers, de jardins, et par-
semées de riants chalets, autour desquels de belles et blanches
vaches mêlent le tintement de leurs clochettes aux premiers
murmures du matin ; plus loin, et par delà les nuages s'élève
la tête de la Jung-frau (2), dont la base et les flancs dispa-
raissent sous un monceau de nues noires et profondes rou-
lant, poussées par le vent, comme l'Océan au jour de la
tempête; tout au fond, noyé dans des flots d'azur, Je glacier
du Breith-Horner fait resplendir son front aux rayons du
soleil. Mais nous voici en face du spectacle après lequel nous
courions.... devant nous se dresse, immense, un rocher coupé
à pic ; du haut de cette muraille de 900 pieds, tout d'un bond
et rasant à peine les aspérités du roc, tombe le Staubach, la
chute merveilleuse;... en touchant la terre elle se brise en
 poussière et forme un éblouissant nuage sous lequel dispa-
 raissent et ses eaux et le bassin où elles semblent s'engouf-

  (1) Torrent bruyant,
  (â) Jeune fille.