page suivante »
376 LES NOUVELLES CONSTRUCTIONS
Lyon est encore sous le joug d'une multitude de préjugés.
Les doctrines humanitaires, si opposées à ce qu'on nomme
l'esprit étroit de localité , ne l'ont pas envahi entièrement,
et, malgré les conquêtes récentes du socialisme , on y aime
sa ville natale. Les jouissances intérieures ne sont pas rem-
placées , dans toutes les maisons, par ce luxe stupide et
matérialiste qui oblitère les qualités du cœur. Ainsi , les
hommes qui conservent le culte de la famille , regrettent
l'ancien couronnement de la colline , comme un souvenir
de leur jeunesse ; c'est celui de nos parents et de tout ce
qui nous a été le plus cher ; c'est le témoin de notre vie,
, de nos plaisirs comme de nos chagrins ; toutes les mères ont
élevé leurs enfants dans des idées de vénération pour Four-
vières , et , si les agitations et les dissipations de la vie les
ont amoindries , il en subsiste encore assez pour réveiller
une légère idée religieuse , et je dirai même un peu de
poésie.
Le vieux Fourvières est le signe qui s'identifiait avec la
ville de Lyon. De plusieurs lieues à la ronde on apercevait
le modeste clocher. On disait de l'homme, sans pratique des
voyages, qu'il n'avait jamais quitté le clocher de Fourvières.
Maintenant , presque noyé au milieu d'une masse de bâti-
ments , le nouveau campanile est devenu simplement un
détail, malgré ses proportions considérables. Il n'est plus le
seul dominateur de la colline , et il partage sa souveraineté
avec un grand nombre de constructions , dont quelques-unes
sont de dimensions colossales. On peut presque dire que le
lien . représenté par un signe sensible , qui unissait au loin
les environs à la ville de Lyon , n'existe plus, et je ne sais
même pas si l'influence religieuse de Fourvières n'en sera
pas un peu affaiblie.
Ne dites pas que j'exagère. Les populations sentent plus
qu'elles ne pensent. Le symbole est la chose qui les frappe ,