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LES SIRES DE BAGÉ. 371
vancent sur Mâcon à la tête de leurs forces réunies. Les pre-
miers obstacles sont renversés, et leur armée fait son entrée
par la porte orientale. Arrivés devant l'église Saint-Vincent,
ils forcent le cloître qu'ils livrent aux flammes, avec le pa-
lais de l'évoque. L'incendie se propage rapidement, et bien-
tôt la ville n'est plus qu'un monceau de cendres ; urbs ad ni-
hilum penitus reducta, dit un historien maçonnais. La perle
la plus irréparable fut celle des archives.
Mainbold, pendant ce désastre, avait pris la fuile, el se
trouvait dans l'état le plus désespéré, lorsque la mort d'Albéric
survint et changea tout à coup la face des choses. Voici
comment Pierre-le-Vénérable, un des hommes les plus sa-
vants et les plus recommandables de son siècle, raconte sa
mort :
« Un jour qu'Albéric était assis en son palais, au milieu de
ses chevaliers, on vit tout-à -coup paroître un grand homme
noir, monté sur un cheval de môme couleur,qui, forçant gardes
et barrières, s'avança, toujours chevauchant, jusque dans la
salle de compagnie où il éloit, el lui ordonna de le suivre.
Ce malheureux, comme contraint par une puissance invisible,
sentant qu'il n'y pouvoit résister, se leva el descendit en
tremblant jusqu'à la porle du château, où il trouva un autre
cheval, qu'il fut obligé de monter. Alors l'inconnu saisit les
rênes de ce second coursier, et l'enleva, lui el le cavalier, Ã
travers les airs, au grand élonnement de ceux qui étaient
présents. Toute la ville accourut pour la merveille regarder,
et si longuement regarda montant et courant par l'air,
comme la vue naturelle des yeux peut porter. On l'entendait
criant d'une voix horrible : secourez-moi, citoyens, secourez-
moi. Mais personne ne pouvait lui porter l'assistance qu'il
demandait. Il disparut enfin, et chacun s'en retourna chez soi,
bien effrayé et convaincu que le Dieu des vengeances punit
sans miséricorde ceux qui touchent aux biens de l'Église. »