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CHRONIQUE DE LA MAISON DE BEAUJEU. 289
rneura pas ung sa vye durant. Et ordonna par son testament,
sur certaines el grandes peines, que les Juifs de sondit pays
jamais ny retournassent pour y demeurer. Laquelle ordon-
nance, comme juste, saincte el raisonnable, gardée et obser-
vée, et est encore a présent audit pays.
Cestuy bon seigneur Eddouard fui en son temps 1res dévot
a Dieu, a la glorieuse vierge Marye et a messire saincl Fran-
çois et a son ordre ; car, souventes fois, lui estant en son pays,
en temps de paix ou de trêve, il amenoit sa femme et sa 1res
noble lignée pour demeurer au couvent des frères minimes de
Villefranche, affin de mieulx ouyr le service divin et servir
notre seigneur plus à son ayse et en plus grande dévotion. Il
exerça moult vertueusement et saigement son office de ma-
reschalde France en deffendant le roy el le royaulme des an-
ciens ennemys de la France , des Angloys, lesquels estaient
en son temps entre sainct Onyer (1) el Calais en gaslant tout
le pays, el si esloient en si merveilleux grand nombre. Ce
neanlmoyns, ledit seigneur , hardy comme ung lyon, les
assaillit auprès de la ville de Herdre, leur livra bataille, et
tellement se pourla , quil mectait desja lesdits Angloys en
fuitte. Toutesfois, ainsy que Dieu le permit, il fut occys en
ladite bataille, parce que les Lorroins et Angloys se rallièrent
ensemble en si grande puyssance , quilz vindrent courir sus
à lenseigne dudit prince trouve morl auprez de ladite ensei-
gne ainsy abattue. Messire Guichard de Beaujeu, son frère,
seigneur de Perreux, lequel estoit en ung aullre quartier de
ladite bataille sceut les nouvelles dont il fut le plusdoulenlde
loul le monde. Toutesfoys, il print el releva ladite enseigne
et ralia tout ce quil peut de ses gens, lesquelz se portarent si
vaillamment, nonobstant la morl de leur chef, que par la
prouesse et chevallerye dudil Guichard, gaignerent la ba-
(1) Lisez Saint-Omer,
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