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•238               LETTRE A M. VALENTIN-SMlTH.

       Ce passage risqué        c'est le seul de ma lettre....
       Je l'ai revu dix fois; valait-il mieux l'omettre?...
       Me dira-t-on tout net, ou bien à demi-mot,
       Que VAdepte de l'art a parlé comme un sot ?
       J'en conviens : j'ai suivi la règle de l'École :
       Lorsqu'à son adversaire on prête la parole,
       On doit le supposer maladroit orateur :
       Mal combattu, sans peine on est triomphateur.
       Le grand Pascal lui-même.... en ce point je l'imite...
       Parfois trop sottement fait parler son jésuite.
       L'effort me coûtera: mais, si vous l'exigez,
       Je bifferai vingt vers, revus et corrigés.


       Je répondis : votre art à tous est accessible,
       Mais, en gouvernement, je le crois impossible ;
       Vous ne l'ignorez pas : on compte dans nos rangs
       Des magistrats zélés et des indifférents ;
       L'un quelque peu lettré, l'autre à peine sait lire ;
       A tous la même loi peut-elle se prescrire ?


       Tel maire paresseux, surtout un campagnard,
       Néglige vos Tableaux ou les croque au hasard ;
       Tel autre, fin matois, soupçonnant une embûche,
       A chaque question de Y Etat qu'il épluche ,
       N'a garde d'énoncer toute la vérité :
       « Dans quel but ces détails que veut l'autorité ?
       Elle prétend à fond connaître nos ressources,
       Pour gonfler nos impôts, pour aplatir nos bourses,
       Dit-il ; dissimulons !... Nous avons cent chevaux :
       N'en comptons que quarante ; en bétail, en troupeaux,
       Réduisons des deux tiers ; aux importants chapitres
       Des blés, des vins, rognons moitié des hectolitres »