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                      DES TABLES TOURNANTES.                        i21.:>
     Les prestidigitateurs fournissent à M. Babinel. un autre exem-
  ple de mouvements naissants , quoiqu'encore dans ce cas, il ne
  s'agisse que de mouvements rapides et volontaires. « L'art de
 ceux-ci (les prestidigitateurs) consiste à tromper l'œil du spec-
 tateur par des mouvements si rapides , qu'ils ne peuvent être
 aperçus. » Ici M. Babinet confond Facteur avec le spectateur :
 c'est le spectateur, en effet, qui ne s'aperçoit pas des mouvements
 du prestidigitateur ; mais celui-ci pense, veut et sent ce qu'il fait ;
 ses mouvements ne sont donc nullement automatiques, et l'on
 ne voit pas trop comment il se fait que M. Babinet choisisse des
 exemples si peu susceptibles d'application. Voyons s'il est plus
 heureux dans ses citations ultérieures.
     Un cheval à jambes très-courtes franchit plus rapidement l'es-
 pace qu'un autre à longues jambes, pourvu cependant que dans
 un temps donné, la vitesse de ses mouvements l'emporte sur celle
 de son compétiteur de plus qu'il ne faut pour compenser la diffé
 rence dans la longueur des pas. C'est incontestable. L'Eclipsé
 dont M. Babinet cite l'exemple, courait avec une grande vitesse
 parce que ses contractions musculaires s'effectuaient instantané-
ment , et que le temps qui s'écoulait entre l'une et l'autre était
infiniment court. Il présentait donc toutes les conditions pour
 pouvoir marcher rapidement ; mais ce que cet exemple ne pré-
 sente pas, c'est la spontanéité automatique des mouvements, je
veux dire leur indépendance de la volonté, puisqu'il est à croire
que ce même cheval se servant du même appareil de locomotion
pour courir aussi bien que pour marcher au pas, se décidait à l'une
ou à l'autre de ces allures d'après les ordres de sa volonté. Qu'il
s'y décidât de son plein gré ou par les coups d'éperons du jockey
qui le montait, cela ne change pas la question. Il aurait pu être
rétif, et dans ce cas, résister à tout stimulant, ce qui prouve que
sa volonté intervenait ou spontanément ou par force dans ses
déterminations.
    II nous paraît que M. Babinet oublie que pour expliquer les
mouvements de la table, il lui faut des contractions involontaires
et insensibles. L'absence de ces deux caractères peut seule cons-
tituer un mouvement automatique, et certes, l'aigle qui veillant
sa proie, s'abaisse et s'élève dans les airs (autre exemple de mou-
vements naissants), qu'il nous paraisse ou qu'il ne nous paraisse
pas immobile, sait ce qu'il fait, veut le faire et sent qu'il le fait.
La dame à démarche vive qui, se promenant dans un jardin sur
du sable humide , lance devant elle les petites pierres qui s'at-
tachent à sa chaussure, fait des mouvements rapides, et rien de
plus. Qu'elle veuille marcher lentement, et les pierres ne seront
plus lancées. De cette manière, elle pourra s'apercevoir que pour
effectuer un pas nous sommes obligés de lever la jambe avant de
la porter en avant ; et ceux qui regardent s'apercevront que nous
ne lançons pas le pied en avant, comme le prétend M. Babinet.