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216 DU PHENOMENE
Du reste, qu'on essaie de lancer le pied sans le lever, et l'on verra
qu'au lieu de marcher on patinera tout au plus.
Un homme en tue un autre d'un coup de poing, donné à bras
raccourci. C'est l'effet, dit M. Bahinet, d'un mouvement naissant.
Soit, mais alors quelle dénomination faut-il donner aux mouve-
ments que faisait Hercule pour manier sa massue, que Milon de
Crotone exécutait pour assommer un bœuf, et que Samson em-
ploya pour écraser les Philistins ? Tous ces forts-à -bras de l'anti-
quité, eux aussi, sans doute, accomplissaient leurs prouesses au
moyen de mouvements naissants, ou tout au moins la vigueur de
leurs actes nous le fait présumer. Mais s'agit-il de mouvements
involontaires et insensibles? Cela ne peut s'admettre. Et cepen-
dant, il faudrait qu'ils le fussent pour prouver quelque chose en
faveur de la théorie de M. Babinet.
Il faut être juste : M. Babinet ne dit pas que les mouvements
naissants soient toujours involontaires , mais seulement qu'ils
peuvent l'être, et qu'ils le sont lorsqu'on est en action autour
d'une table. Nous ne contesterons pas une telle possibilité ; mais
nous aurions voulu que M. Babinet nous citât quelques exemples
de mouvements physiologiques naissants et involontaires , pour
prouver qu'il est possible d'exécuter des mouvements d'une éner-
gie irrésistible sans s'en apercevoir. Et, qu'on le remarque bien,
cette condition de spontanéité et d'insensibilité est indispensable
pour expliquer, à l'aide de l'automatisme , le phénomène dont
nous nous occupons.
« Le malade qui s'enfonce les ongles dans la paume de la main :
celui qui se brise le poignet contre le bois de son lit : le tétanique
qui lance un coup de pied à une planche, la faisant retentir d'un
bruit formidable ; le névralgique qui se fracture les dents à la suite
d'une contraction du masseter, » exécutent tous, sans doute, des
mouvements contre leurvolonté ; mais, outre que ces mouvements
ne sont pas tous insensibles, l'état pathologique dans lequel ces
malades se trouvent ne permet pas absolument qu'ils soient cités
comme des exemples pour donner une idée de mouvements nais-
sants, et encore moins à propos de tables tournantes.
Heureusement qu'il est impossible de prouver par des exemples
l'existence de mouvements involontaires assez forts pour tuer un
homme ; sans cela on arriverait à des conséquences fort graves
en fait de justice criminelle. Si un meurtrier pouvait arguer
d'un mouvement naissant involontaire pour s'excuser d'avoir
tué son prochain, la faute ne serait plus punissable. Mais s'il
est vrai qu'il y a des circonstances dans lesquelles nous ne
sommes plus maîtres de nos actions, il est vrai aussi qu'il y a
toujours à mettre en ligne de compte la colère ou toute autre
passion violente qui supprime notre indépendance et nous rend
son esclave. Cependant, comme autour d'une table on ne trouve
que des gens gais ou observateurs, il n'y a pas lieu de faire de
rapprochements aussi peu logiques.