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214 DU PHÉNOMÈNE
sensibilité. Un mouvement accentué, rapide, sera plus senti qu'un
mouvement faible ; de manière qu'à ce point de vue les mouve-
ments invoqués par M. Babinet doivent être considérés comme
les plus sensibles. Pour expliquer cette contradiction, on a recours
à l'autre caractère de ces mouvements , je veux dire, à la parti-
cularité d'être involontaires. Un mouvement involontaire, dit-on,
est insensible, malgré son intensité ; d'où on conclut que les
mouvements les plus forts, les plus énergiques sont insensibles,
pourvu qu'ils soient naissants. Ainsi, une fois prouvé qu'ils sont
involontaires, il est facile de se convaincre qu'ils peuvent s'effec-
tuer à l'insu de l'opérateur, et puisqu'on admet qu'ils sont très-
énergiques, le phénomène de la table est entièrement expliqué,
que le mouvement soit produit par un certain nombre de per-
sonnes ou par une seule.
Heureusement que M. Babinet a cru devoir nous donner une
idée de ces mouvements naissants, au moyen d'exemples d'où
nous pourrons tirer les renseignements qui nous sont indispen-
sables pour comprendre comment il se fait que des mouvements
d'une force considérable s'exécutent par les muscles volontaires,
indépendamment du concours de la volonté.
Il vaut la peine de passer en revue quelques - uns de ces
exemples.
« Un écuyer, dit-il, qui pense à une évolution quelconque, fait
involontairement un mouvement en harmonie avec sa pensée, et
quelque peu prononcé que soit ce mouvement, le cheval le per-
çoit et y obéit. » Dans ce cas, comme il s'agit d'un petit mouve-
ment, conséquence d'une pensée, il n'est pas à croire qu'il soit
involontaire. Il exprimera soudainement la traduction de la pensée
en un acte, mais rien ne prouve l'absence de la volonté. Si
l'ecuyer, au lieu d'avoir la pensée d'exécuter ce mouvement, a
celle de ne pas l'exécuter, il ne l'exécutera pas ; de manière que
la pensée, dans ce cas comme dans tout autre, se confond avec
la volonté. Et, en effet, les mouvements exécutés immédiatement
après en avoir conçu la pensée, n'excluent en aucune manière
l'intervention de la volonté. D'ailleurs, si on a la pensée, on
sait de l'avoir, la sensibilité intervient, l'acte est donc volontaire.
Avoir la pensée d'agir et agir, équivaut à une succession rapide
entre la cause et l'effet, mais n'exclut ni la sensibilité ni la volonté,
qui sont les deux caractères des mouvements volontaires.
S'il y avait des mouvements qui s'exécutassent sans une pensée
préalable, on pourrait les invoquer comme preuve de l'insubor-
dination des muscles, mais l'exemple de l'ecuyer ne prouve .
selon nous, que deux choses : la presque simultanéité de la con-
ception et de l'exécution de la part du cavalier ; une grande sen-
sibilité et une exquise instruction de la part du cheval. Il est
indispensable de ne pas confondre la promptitude d'un mouve-
ment avec sa spontanéité , surtout lorsqu'il est précédé par une
pensée qui s'y rapporte.