Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
                     DES TABLES TOURNANTES,                         213
trouve-t-il mieux éclairci si on les appelle naissants ? Pour tout
dire, le mot naissant ne réveille-t-il pas une toute autre idée
que celle qu'on voudrait exprimer ? Nous le craignons. En effet,
tous les mouvements impromptus ou déterminés, automatiques
ou volontaires, lents ou rapides, ont un commencement : ils sont;
donc naissants au moment de leur éelosion. N'importe leur durée,
ils auront toujours un commencement. Or, un mouvement qui
dure un certain temps peut être séparé en trois phases : celle
de l'origine, celle de la durée et celle de l'extinction. Mais ce qui
est instantané ne comporte aucune analyse , le commencement
touchant à la fin, jusqu'à détruire toute idée de durée. L'idée de
naissant s'attache donc au commencement d'une chose qui doit
durer, et celle d'instantanéité exclut toute persistance.
    Nous l'avouons . une première lecture à la hâte du Mémoire de
M. Babinet nous avait presque fait apprécier le mot naissant
comme destine à exprimer la première phase d'un mouvement
d'une certaine durée. Nous nous sommes aperçu après que telle
n'était pas la pensée de l'illustre académicien. « On pourrait,
dit-il, facilement trouver dans les mouvements des quadrupèdes,
des reptiles et des poissons, de nombreux exemples de ces pre-
miers mouvements si forts, si rapides, quoique peu étendus,
qu'on pourrait appeler mouvements naissants. » D'où nous croyons
pouvoir conclure, ou que nous ne saisissons pas exactement
l'idée de M. Babinct, ou que l'expression de naissant n'est pas
heureusement choisie.
    Pourvu cependant qu'on se comprenne, peu importe le choix
des mots. M. Babinet dit que le mouvement des tables est dû à
un genre de contractions qui semblent, dans cette circonstance,
s'effectuera l'insu de l'opérateur ; d'où il s'en suit que dans d'autres
cas elles pourront s'exécuter d'après sa volonté. Ces mouvements
sont donc volontaires ou involontaires, selon, pour ainsi dire,
que nous le voulons. Ils sont sensibles ou insensibles, indépen-
damment de notre attention, selon que nous voulons perpétrer
un acte ordinaire de la vie ou faire tourner une table. En un mot,
il est facultatif à l'homme de supprimer le caractère de la sensi-
bilité et d'exécuter des mouvements sans s'en apercevoir. Telle
paraît être la théorie de M. Babinet.
    Toute la différence entre M. Babinet et ses devanciers consiste
donc, comme nous l'avons dit, dans l'appréciation du degré d'in-
tensité des mouvements involontaires. M. Babinet ne craint nul-
lement que la contraction devienne sensible par le fait même de
son énergie, ce qui revient à dire que le caractère de sensibilité
que les contractions empruntent à la volition, ne se manifeste pas
lorsque les mouvements sont involontaires.
    Si l'on se rappelle ce que nous avons dit précédemment, on
n'aura pas de peine à se persuader que l'énergie des mouvements
étant proportionnelle à la force dont on a besoin pour vaincre un
obstacle, dans l'état ordinaire, plus il y a de force , plus il v ; de
                                                                   >