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PHILOSOPHIE CARTÉSIENNE. 115
Nous verrons à quel haut prix Bossuet, Fénelon et surtout
Arnauld appréciaient les services rendus par Descartés à ces
vérités essentielles de la spiritualité de l'âme, de l'immor-
talité et de l'existence de Dieu.
Comparez la grande littérature de la seconde moitié du
XVII e siècle avec celle du commencement. Quel contraste !
Ici l'impiété, la licence, le ton et les maximes de l'épicu-
réisme, de l'athéisme ou du pyrrhonisme, là au contraire
un caractère profondément moral et religieux. D'où lui est
venu cet esprit nouveau, sinon de la nouvelle philoso-
phie ? Elle s'inspire, elle vil de ces grandes vérités, que
la dignité et l'essence même de l'homme esldans la pen-
sée, qu'il y a une âme spirituelle et immortelle, qu'il y a
un Dieu démontré par la nature, mais surtout par l'âme
elle-même, un Dieu partout présent, partout agissant,
seule vraie cause efficiente, et qui tient l'homme dans sa
main. De là ses plus nobles, ses plus éloquentes inspirations.
Tous les grands écrivains du siècle de Louis XIV, à l'excep-
tion de Molière, disciple de Gassendi, sont des admirateurs
non seulement du génie, mais de la méthode de Descartes,
et n'ont pas d'autre philosophie que la sienne ou celle de
Malebranche. Je ne parle ici ni de Bossuet ni d'Àrnauld ni de
Fénelon ni de Nicole ni de tous ceux donl nous aurons à faire
uneétudespécialecomme philosophes cartésiens,dans Iasuitede
celte histoire. Je recueille seulemenl les témoignages de ceux
qui appartiennent plutôt à l'histoire des lettres qu'à celle de la
philosophie de Descartes. Dans ses discussions philosophiques
avec Dom Robert Desgabets, le cardinal de Retz appelle Des-
cartes «un admirable homme.«Combien de fois n'arrive-t-il pas
:i Pascal lui-même,ce grand ennemi de Descarteset de la raison,
de revêtir dans ses Pensées des plus vives couleurs, et d'ani-
mer par les tours les plus dramatiques les raisonnements et
les démonstrations des Méditations? Voici en quels termes