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LA REINE CAUÉTÈNE. 13
trône de Ghilpéric. Les difficultés que j'y trouve sont plus spé-
cieuses que réelles. En admettant même qu'elles soient graves,
il faut se garder de les croire insolubles ; elles s'évanouiront
bien vite, pour quiconque prendra la peine d'apprécier exacte-
ment les faits, en les dégageant des préjugés qui les ont obscurcis,
et en les rapprochant des témoignages contemporains auxquels
on doit toujours s'en rapporter de préférence.
Lorsque le royaume de Bourgogne se partagea entre les quatre
fils de Gundioc, Chilpéric eut le Lyonnais pour héritage et vint
s'établir à Lugdunum ; Gondebaud fixa sa résidence à Vienne.
Ainsi qu'il arrive trop souvent quand l'unité d'un royaume est
brisée, une lutte s'engagea entre les deux frères : on n'en con-
naît ni le motif, ni les détails ; mais l'issue fut la mort de
Chilpéric et l'occupation de ses états par Gondebaud. Plus tard,
les Francs, jaloux de légitimer leurs usurpations, racontèrent
que le vainqueur avait lui-même percé Chilpéric de son épée et
ordonné de précipiter la femme de ce prince dans les eaux, après
lui avoir attaché une pierre au cou. Chilpéric laissa deux filles,
Cromna et Clotilde : l'une prit le voile, l'autre resta sous la
protection de Gondebaud, qui l'accorda ensuite en mariage Ã
Clovis. Voilà les faits rapportés par Grégoire de Tours (l). Son
abréviateur ajoute un détail de plus et charge d'un nouveau
crime la mémoire de Gondebaud, en lui attribuant la mort de
deux fils de Chilpéric dont aucun autre auteur ne parle (2).
Tels sont les documents sur lesquels tous nos historiens se
sont fondés, quand ils ont dû présenter le tableau de cette
époque; il n'est venu à la pensée de personne d'examiner l'au-
torité et la créance qu'il faut accorder à de semblables récits.
M. CarloTroya, le premier, a osé en démontrer l'invraisemblance.
Opposant au témoignage tardif et partial de Grégoire de Tours et
de Frédégaire le témoignage contemporain et sérieux de saint
(1) Igitur Gondobadas Hilpericum fralrem suum iiiterfecil. yladio imcorem-
qne ejus, ligato ad collum lapide, aquis immersit, e t c . . etc. (Hist. Francor.,
lib. H, c. XXVIII.)
\i) ... Duos filion eorum ijlndin Irueidavit, (Hisl. Franco) 1 . Epitomat.. x \ n ) .