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14 LA REINE CARÉTÈNK.
Avit, il a dégagé la vérité de la légende, mis en lumière le seul
fait incontestable, rejeté au rang des fables et des imaginations
suspectes les crimes imputés au législateur des Burgundes,
Essayons, après lui, d'éclaircir ce mystère et d'achever la réha-
bilitation de Gondebaud ; la chose en vaut la peine et se rattache
directement au commentaire de notre inscription.
Grégoire de Tours écrivait près d'un siècle après la mort de
Chilpéric; il écrivait pour les Francs et d'après leurs traditions.
Sincère, mais crédule, il acceptait l'histoire, dont il n'avait pas
été témoin, telle qu'elle lui était racontée. Or, cette histoire du
premier royaume de Bourgogne, détruit avant la naissance de
l'évêque de Tours, avait été singulièrement altérée, pour ne pas
dire entièrement fabriquée, par les Francs, suivant les intérêts
de leur politique et pour la justification, à peu près impossible,
des misérables enfants de Clovis. Si l'on s'était emparé des états
de Gondebaud, c'est qu'ils appartenaient à Clotilde, sur le père
de laquelle celui-ci les avait usurpés de la façon la plus bar-
bare. Si Clodomir avait mis à mort son prisonnier, le pieux
Sigismond, avec sa femme et ses enfants (1), c'était en repré-
sailles de la mort de Chilpéric, que le père de Sigismond avait
fait périr avec la reine et ses fils. 11 n'y a pas jusqu'au puits,
dans lequel le cadavre de ce prince est précipité, qui ne trouve
son excuse dans le récit imaginaire de la cruauté de Gondebaud
envers la femme de Chilpéric. Ainsi cette lamentable et trop
réelle histoire de la barbarie exercée par les enfants de Clovis
sur les derniers héritiers des rois bourguignons, a été le patron
sur lequel les Francs ont tracé les souvenirs de leurs griefs et
la justification de leurs actes. Bien plus, ils ont prétendu rendre
notre douce et sainte Clotilde complice de tous ces forfaits ; ils
ont mis dans sa bouche des paroles de sang et de vengeance.
C'est elle qui aurait excité les fils de Clovis à cette guerre impie
contre Sigismond, son cousin par le sang, son frère par la foi,
contre le prince qui avait puisé, aux mêmes sources qu'elle, les
principes de l'orthodoxie catholique (2). Cela est tout aussi
('!) GKKCOK. Ti'iios., l i h . i n , c . v i .
("2) Chrollrildis ve.ro Rcginii Clihdonwrein el reliquos filiijs sans adloqnititr,