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12 LA HEINE CARÉTÈNE.
avoir pas pris garde, on a donné à cette malheureuse reine au-
tant de maris qu'il y a eu de rois bourguignons ; on en a même
créé tout exprès pour elle, ce qui n'était pas difficile, vu les nom-
breuses variantes qu'offre la suite chronologique des noms de
ces princes.
Procédons par voie d'élimination. Carétène morte en 506, âgée
d'un peu plus de cinquante ans, mais d'un peu moins de cin-
quante-cinq, n'a pas pu être la femme du premier roi bourguignon
connu, Gondicaire, tué en 436, puisqu'elle est née entre 452 et.
455. Elle n'a pas été non plus l'épouse du second roi, Gundioc,
enlevé en 463 : à cette époque Carétène n'avait que huit ou neuf
ans. C'est donc à l'un des quatre fils de ce prince qu'elle a dû
être unie. Or, ce n'est pas à Godegisile, qui ne laissa point d'en-
fants, et probablement ne fut jamais marié. Ce n'est pas davan-
tage à Godomar, et cela par les mêmes raisons. Il faut opter
entre Gondebaud et Chilpéric.
Si Carétène eut épousé Gondebaud, on n'aurait pas pu omettre,
dans son épitaphe, le nom illustre et respecté du roi son mari,
qui vécut encore dix ans après la mort de cette princesse ; on ne
se serait pas contenté de le désigner par la mention assez vague
deprinceps excelsus. Rien, dans la position de Gondebaud, en
506, ne commandait cette réserve; tout, au contraire, la ren-
drait inexplicable. Ce silence, dont la cause apparaîtra plus loin,
est à lui seul une révélation. De plus, quelle qu'ait été la tolé-
rance de Gondebaud pour les catholiques, quelques tendances
qu'il ait eues à embrasser la foi de Nicée, dont son ambition
politique seule le détourna, est-il permis de croire que sa femme
eût pu, sous ses yeux, et lorsqu'il était au faîte de la gloire et de
la puissance, déposer le sceptre, prendre l'habit monastique, se
retirer à l'ombre du cloître et fonder une église en l'honneur du
chef de la milice céleste ? Cela n'est pas admissible •. la prudence
de Carétène, non moins que son zèle éclairé pour les intérêts
religieux qu'elle voulait servir, et les conseils de saint Avit l'en
auraient assurément détournée. Je borne à ces deux arguments
les raisons qui s'opposent à ce que Carétène ait été l'épouse de
Gondebaud. Je suis donc conduit forcément à la placer sur le