page suivante »
LA REINE CARÉTÈNE. 1 i
A la lecture de ces vers, on se sent pris d'un doute fort excu-
sable, et l'on se demande s'ils ont été réellement gravés, dès le
commencement du VIe siècle, sur la tombe de Carétène. 11
y a là une sobriété d'images, une netteté de pensées et d'expres-
sions, une marche sûre et claire qui rappelle l'école de Leydrade
et de Florus (l). N'est-il pas permis de croire qu'Ã la restau-
ration de nos monuments, après les invasions barbares, on aura
décoré de cette légende poétique la sépulture de la reine bour-
guignonne ? Ce soupçon, légitime en apparence, tombe devant
l'appréciation exacte des faits contenus dans l'éloge funéraire,
des omissions même qu'on y remarque et des traditions qu'on y
découvre, traditions en tous points opposées à celles qui préva-
lurent chez les Francs et qui sont encore vivantes dans notre
histoire. C'est surtout en présence d'un pareil titre que je re-
grette le laconisme auquel je suis forcément astreint ; il y a lÃ
une vérité historique à rétablir, une grande mémoire à venger.
Je ne pourrai le faire que très-rapidement ; mais ce sera pour
moi l'occasion de renvoyer mes lecteurs à une dissertation qui
jette le plus grand jour sur ce sujet, et qui me semble le dernier
mot de la critique, comme de la science, relativement à certains
détails étrangement défigurés dans ce qui nous a été transmis
sur la vie et le caractère de l'illustre auteur de la loi Gombette (2).
Carétène, dont le nom n'a échappé à l'oubli que grâce à notre
inscription, a vécu un peu plus de cinquante ans, un peu moins
de cinquante-cinq :
Quam cum posl dccimum rupuit mors invida luslriim.
Morte sous le consulat de Messala,
Nomen Messalae consulis annus agens,
c'est-à -dire l'an 506, elle a dû naître entre les années 452 et 455.
Ces dates sont le point de départ de tout commentaire. Pour n'y
(1) Notons aussi la date du consulat et l'âge de Carétène, exprimés ni
vers, chose assez rare avant le IX e siècle.
(2) Gondebaldo Rc di< Borgognoni e santo Âvito vescovo di Viennci sut
Rodano. (Storia d'Italia di CARLO TROYA, vol. n, part. 11, appondix et R«c
imita- i-elii/iosa di IVapoli. TA ScinxzA r: M FKDK, V. VI.'ÃŽ