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                LE SONGE D'UNE NUIT D'HIVER                 45 I

branches du cerisier à fleurs doubles, les lilas et les jasmins.
Avec cela, une foule de ces amis discrets et fidèles qu'on
appelle des livres, et une compagne, parfois précieuse, la
folle du logis, à qui ce pavillon, avec ses allures singulières,
convenait on ne peut mieux.
   Mais l'été et même l'automne étaient bien loin. Le pavil"
Ion, au lieu de sa ceinture riante d'arbres verts, n'avait
guère autour de lui que des fantômes ligneux, droits ou
tortus, sentinelles décharnées qui semblaient garder un
tombeau, et la lune d'une froide nuit, en le couvrant de sa
pâle lumière, ajoutait encore au caractère funèbre du
tableau, dans lequel s'encadrait pittoresquement notre dor-
meur éveillé, avec sa tête blanche, sa toque noire et sa robe
de chambre multicolore.
   Car Claude s'était levé.
   Il alla dans la vérandah et s'assit sur le sopha, meuble
antique et dépenaillé, où il aimait à s'étendre en été, soit
pour faire la sieste, soit pour lire ses auteurs favoris. Il tira
les persiennes et contempla la scène hivernale de la cam-
pagne, se demandant si les lignes noires des arbres, des
treilles et de quelques arêtes de murs ou de rochers, se déta-
chant de près ou de loin dans la blancheur de la neige, ne
constituaient pas l'une des pages du vaste grimoire dont le
déchiffrement est l'un des objets de la destinée de l'homme
ici-bas.
   Mais la porte intérieure, qu'il avait ouverte pour aller de
la bibliothèque à la vérandah, avait accru le courant d'air
qui agitait le squelette.
   Les ossements, ens'entrechoquant, tapotaient un rythme
dolent qui faisait comme la mélodie du puissant accompa-
gnement de la tempête. Le docteur écouta un instant,
cherchant le sens de cette musique. Et comme Platon a dit