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LE SONGE D'UNE NUIT D'HIVER 45 I branches du cerisier à fleurs doubles, les lilas et les jasmins. Avec cela, une foule de ces amis discrets et fidèles qu'on appelle des livres, et une compagne, parfois précieuse, la folle du logis, à qui ce pavillon, avec ses allures singulières, convenait on ne peut mieux. Mais l'été et même l'automne étaient bien loin. Le pavil" Ion, au lieu de sa ceinture riante d'arbres verts, n'avait guère autour de lui que des fantômes ligneux, droits ou tortus, sentinelles décharnées qui semblaient garder un tombeau, et la lune d'une froide nuit, en le couvrant de sa pâle lumière, ajoutait encore au caractère funèbre du tableau, dans lequel s'encadrait pittoresquement notre dor- meur éveillé, avec sa tête blanche, sa toque noire et sa robe de chambre multicolore. Car Claude s'était levé. Il alla dans la vérandah et s'assit sur le sopha, meuble antique et dépenaillé, où il aimait à s'étendre en été, soit pour faire la sieste, soit pour lire ses auteurs favoris. Il tira les persiennes et contempla la scène hivernale de la cam- pagne, se demandant si les lignes noires des arbres, des treilles et de quelques arêtes de murs ou de rochers, se déta- chant de près ou de loin dans la blancheur de la neige, ne constituaient pas l'une des pages du vaste grimoire dont le déchiffrement est l'un des objets de la destinée de l'homme ici-bas. Mais la porte intérieure, qu'il avait ouverte pour aller de la bibliothèque à la vérandah, avait accru le courant d'air qui agitait le squelette. Les ossements, ens'entrechoquant, tapotaient un rythme dolent qui faisait comme la mélodie du puissant accompa- gnement de la tempête. Le docteur écouta un instant, cherchant le sens de cette musique. Et comme Platon a dit