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402 SONNETS.
LA CHASSE.
Quand des oiseaux du nord la tribu vagabonde
Revient avec septembre habiter nos forêts,
Je gagne, au point du jour, la clairière profonde,
Mon fusil sur l'épaule et ses deux coups tout prêts.
En chasse ! en chasse ! allons, me dit mon chien qui gronde,
Mais les sombres fourrés ont de si doux secrets;
Et dans les éclaircis la lumière est si blonde,
Les oiseaux si jaseurs, et les gazons si frais !
J'ai pris part aux ébats d'un lézard en maraude.
J'ai suivi dans les airs le vol d'une émeraude,
Ebauché celte mare avec un saule au bord,
Bu dans un pli de feuille une goutte qui pei le,
Sifflé les airs du geai, de la grive et du merle,
Mon fusil s'est perdu sous l'herbe, et mon chien dort.
DANS LES RUINES.
Un mystère à nous faire incessamment rêver,
Une énigme à glacer notre âme d'épouvante
C'est de voir, étendu sur la terre riante,
Le passé que la mort est en train d'achever.
Que d'empires à bas qu'on ne peut relever !
Où chercher ces Babels que l'histoire nous vante !
Quel pied a pu broyer, sous la poudre mouvante,
Ces jalons qu'en fuyant l'homme au Temps crut river ?
La Rome des Césars, l'Athènes des Satrapes
De la retraite humaine ont marqué les étapes ;
Quelques rares traînards seuls en troublent la paix.
C'est la loi. Quelque part que l'Humanité passe,
Le Temps la suit, jetant du sable sur sa trace,
Pour que l'homme au berceau ne retourne jamais.
Josëphin SOUIARY.