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RAPPORT DE M. 1. MORIN, 109
services et de fonctions la femme est capable de s'élever.
Dans nos mémoires se rencontrent bien des idées qui feront
sourire les gens irréfléchis. La femme docteur ès-lettres ou
ès-sciences, médecin, avocat, juré, juge, semblera une con-
ception ridicule à tous ceux dont le premier mouvement est
de se moquer de ce qu'ils n'ont pas l'habitude de voir. Pour
moi, je n'admets de limites en pareille matière que celles
que la nature invincible pose; mais je dis que la femme
deviendra dans la société tout ce qu'elle sera capable et
digne d'être.
Quant a présent au moins, personne ne contestera raison-
nablement la possibilité et par conséquent la justice urgente
d'une éducation primaire plus développée et placée sous la
protection de l'État, au même degré que les écoles primaires
de garçons (1). On admettra avec cela l'utilité d'écoles pro-
fessionnelles, de cours de tenue des livres, de comptabilité
commerciale et de dessin ; de dessin au degré élémentaire
d'abord, mais puisque nous avons des écoles de peinture et
de beaux-arts, ouvertes gratuitement aux jeunes gens de
notre sexe, on ne voit pas pourquoi la même faveur ne
serait pas étendue aux jeunes filles. De nombreux exemples
nous ont cependant montré, qu'avec les ressources seules
de l'enseignement privé, elles sont capables de prendre
rang parmi nos plus grands maîtres.
Je terminerai par une réflexion qui vous est venue dans
l'esprit à tous, Messieurs, c'est qu'un grand nombre des
améliorations qui nous sont proposées pour l'éducation des
(1) On peut lire dans le mémoire n° 15 de très-justes réflexions à l'égard
de l'inégale sollicitude do nos lois pour les écoles primaires de garçons et
pour celles de filles. Croirait-on que c'est seulement dans notre der-
nière session législative qu'il a été pourvu au salaire des institutrices par
les moyens qui, depuis vingt ans, sont accordés aux instituteurs ?