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                        Ali MOYEN-AGE,                      37

 lentement le cours de la rivière sur un radeau. Leur conver-
 sation animée roulait sur les glorieuses campagnes de l'Em-
 pire et sur le temps passé. Cluny fut longtemps sur le tapis.
 Le doyen de la troupe était de cette ville ; après une longue
 conférence qui, dans son patois, m'intéressait plus que mon
beau livre, je fus, je l'avoue, délicieusement consolé de bien
des préjugés dont ces pauvres gens n'étaient pas respon-
 sables, quand le chef résuma solennellement la discussion
en ces termes qu'il me semble entendre encore : « Tout de
 « même il n'y avait point de malheureux ; ils nourrissaient un
« tiers de la ville ! » et s'il eût connu la gloire de Prud'hon,
il eût pu ajouter: « et ils ne se refusaient a aucun sacrifice
« quand il s'agissait de développer et produire au grand
« jour de la célébrité le génie né sous le chaume. »
   Cluny doit aux moines son existence et sa prospérité. Il faut
bien que le voisinage du monastère ait été utile et bienfai-
sant pour devenir à lui seul le centre d'une agglomération
aussi considérable. C'est que le travail et l'industrie trou-
vaient a l'ombre de ces tours sacrées, sécurité, instruction,
honneur. Quant au soin des pauvres et des infirmes, inter-
rogeons le moine Bernard, au chap. XIII de ses Consuetu-
dines cœnobii Cluniacensis. Ce chapitre renferme l'office de
l'aumônier.
   L'aumônier recevait du grainetier tout ce qu'il fallait pour
défrayer les pauvres, voyageurs ou autres.Tout ce qui restait
sur la table, après le repas, de pain, de vin et de pitance,
aussi bien que la dîme des oblations laites a l'Église, était en
outre, consacré à cet emploi. Et il y avait alors quatre cents
moines également sobres et mortifiés a Cluny. Aux anniver-
saires des religieux de l'abbaye, une portion tout entière en
pain, vin et pitance était servie à un pauvre. Lorsqu'on appre-
nait la mort de quelque membre de l'immense congrégation,
pendant trente jours de suite on répétait la même charité,