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328 NATALIS RONDOT J.-B. Say. Il se livra avec ardeur à l'étude et pendant les trois années qu'il passa à Reims, de 1841 à 1843, il publia de nombreux articles dans le Guetteur de Saint-Quentin, l'Echo du progrès de Saint-Quentin et le Courrier de Saint-Quentin. Il traita les questions ouvrières et les questions sociales. Nous retrouvons, en parcourant ces journaux, vieux de soixante ans, des articles sur les salaires, les caisses de pré- voyance et de secours mutuels, la nourriture des ouvriers et la cherté de la viande de boucherie et le paupérisme en Angleterre. Le salaire de la femme qui, de nos jours encore, préoccupe tant les sociologues et les moralistes, lui inspire ces lignes tristement émues : Au temps où nous vivons, le sexe seul constitue pour les femmes et les filles du peuple une cause de misère, et l'isolement perpétue leur dénûment, leur souffrance. Leur condition pour ainsi dire normale, dans la société, c'est d'v être parasites, esclaves ou tout au moins vassales, taillables, et corvéables à merci. Elles n'y ont d'autre droit que celui de mourir de faim ou de se vendre corps et âme... Dans l'atelier, dans la manufacture, on n'estime, on n'utilise eu elles que la souplesse et l'agilité des doigts ; on ne spécule que sur la modicité de leur salaire ; elles n'ont de valeur que comme machines (1). Et le jeune économiste, qui paraît avoir eu le don de seconde vue, car les choses n'ont pas sensiblement changé depuis, termine en donnant l'état des recettes et des dépen- ses d'une ouvrière de fabrique à Reims. Elle gagne 80 cen- times par jour; une fois qu'elle a payé son logement, son blanchissage, son éclairage, son chauffage, elle peut vivre... avec du pain et de l'eau, sans qu'il lui reste un centime pour remplacer son linge, ses vêtements, sa chaussure ! Ces années de belle jeunesse que l'on passe le plus sou- (1) Courrier de Sainl-Quenlin, 10 juillet 1842.