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                      PIERRE D'ÈPINAC                     1 67

poursuivre ses classes, sans trop grever le budget médiocre
de la famille ; et la preuve, c'est qu'il renonça à son
abbaye, aussitôt qu'il fut en état de s'en passer.
   Ses études de lettres et de philosophie à l'Université de
Paris, de droit à l'Université de Toulouse furent, sans
aucun doute, très fortes, quoique nous ayons peu de rensei-
gnements sur son existence d'écolier; mais nous en pouvons
juger par la culture solide et l'érudition variée dont témoi-
gnent ses écrits. C'était une rude discipline intellectuelle
que ces écoles de la Renaissance, assoiffées de savoir, dont
le président de Mesures nous a tracé le programme
effrayant.
   Maintenant, que Pierre d'Epinac, jeune clerc de dix-huit
ans, enivré de curiosités ardentes, se soit jeté, à Toulouse,
avec sa nature entière et bouillante, dans les controverses à
la mode; que, dans la fièvre de la dispute, il ait laissé
échapper, défendu même telles propositions malsonnantes,
cela est fort possible. Mais ne jugeons pas ces temps orageux
à la mesure de notre orthodoxie si sage et si exactement
réglée. J'ai été souvent frappé de l'aisance avec laquelle on
allait et venait de la réforme à l'Eglise romaine: aujourd'hui
catholique, demain huguenot, sauf à redevenir catholique. Le
Forez, qui avait eu beaucoup de protestants dans la noblesse
et la bourgeoisie à l'époque du massacre de Vassy, n'en avait
plus ou presque plus sous la Ligue. Bien des gens, des gens
sincèrement religieux, auraient été embarrassés, vers 1560,
de dire si la vérité était à Rome ou à Genève. Des articles
de doctrine étaient encore imprécis, ou passaient du moins
pour mal définis. Je vois un jurisconsulte fameux au
xvi c siècle, Jean Papon, bon catholique cependant, insinuer
qu'à la rigueur on pourrait se passer de la juridiction du
pape : n'avons-nous pas en France, disait-il à peu près,