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338        FRAGMENT D'HISTOIRE CONTEMPORAINE

rés d'or, ils viennent entre deux victoires embrasser leurs
familles.
   1815 amène la chute du régime impérial et le licencie-
ment de cette brillante pléiade. Rendu à la vie civile, notre
jeune officier demande à son frère Alexandre un emploi
dans la maison que celui-ci dirige à Lyon. Alexandre, peu
soucieux d'une telle recrue, résiste d'abord, mais il finit
par céder, sur les instances du père qui offre, au surplus,
de rembourser à son fils aîné l'appointement qu'il allouera
au cadet.
   S'il avait dépouillé l'habit de hussard, Auguste en avait
conservé l'esprit et les habitudes batailleuses. Un régiment
de dragons tenait alors garnison à Lyon. L'ancien hussard,
lorsqu'il rencontrait un dragon au café, ne manquait
jamais de fredonner sur un air de sonnerie réglementaire :

            Les hussards sont de bons lurons
           Qui n' tourne pas 1' dos coram' les dragons.

    Ce quolibet chanté faisait allusion à une circonstance où
les dragons auraient lâché pied, en face de l'ennemi. On
devine ce qui s'en suivait : altercation, échange d'adresses
et duel. De temps à autre, Auguste Z... allait donc s'aligner
dans les prés de la Tête d'Or; régulièrement il blessait son
homme et rentrait chez lui, plus persuadé encore que les
hussards sont « de bons lurons. »
    Mais son humeur le poussait à d'autres exploits. Une
boulangère du quartier des Capucins lui accordait ses
bonnes grâces. Le mari le savait, mais n'acceptait nulle-
ment cette situation. Quant il soupçonnait que sa moitié
avait pris un prétexte de sortie pour aller à un rendez-vous,
il se campait le lendemain sur la cadette, au passage de son
rival, lequel ne cherchait pas du tout à esquiver la ren-