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EN BEAUJOLAIS 321
N. — SOUVENIR DE LA TERREUR.
L'aïeul paternel de Mme Antoine-Eric Dulac de La Pierre,
ancien commissaire à terriers, demeurant à Beaujeu, et en
dernier lieu administrateur du département de Rhône-et-
Loire, fut condamné à mort par jugement de la commis-
sion révolutionnaire de Commune-Affranchie, du 8 nivôse
an II (28 décembre 1793) et exécuté le lendemain.
Quelques heures avant de monter sur l'échafaud, il écri-
vait à sa femme la lettre suivante, que l'on ne saurait lire
sans émotion :
« De la cave de mort, à 11 heures du soir.
« Ma tendre amie,
« Tu ne recevras ma lettre que demain. J'ai passé ce soir
« à l'interrogatoire. Sur ma qualité d'administrateur et sur
« ce qu'un Décret du 12 juillet nous déclare traîtres à la
« patrie et que ma rétractation n'est que du 24 juillet, j'ai
« été envoyé à la cave et je serai guillotiné demain. Les
« juges n'ont pas voulu voir mes papiers ni m'entendre.
« Au reçu de ma lettre, va voir le citoyen Lafaye,
« engage-le à me faire rappeler à un second interrogatoire,
« qu'on voie mes attestations et 1res autres papiers. Ne
« perds pas un moment. Tu sais que les exécutions se
« font à midi. Ainsi je suis entre la vie et la mort.
« J'emporterai le regret bien déchirant de te quitter. Aie
« soin de nos enfants, vis dans ma famille, console-la de
« ma mort.